La chronique de la semaine écoulée

NOUAR

Le rendez-vous éditorial de Radio Rythme Bleu.

Sur un ton volontairement satirique, Elizabeth NOUAR décrypte l'actualité politique de la Nouvelle-Calédonie.

Le lundi à 7h00
Rediffusion dans le journal de 11h30 et à 16h15

 

Chronique de la semaine écoulée du 23 Octobre 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

 

                                                          Chronique du 23 Octobre 2017

Qui, quand, quoi, comment ?
C'est à ce traditionnel questionnement que va devoir répondre le prochain comité des signataires de l'Accord de Nouméa. Le 16ème du nom qui sera aussi – selon toute vraisemblance – l'avant-dernier avant la consultation de sortie.

Et tout d'un coup, on perçoit un sentiment d'urgence comme si personne n'avait vu l'horloge tourner et que l'on se réveillait brutalement en réalisant que le referendum d'autodétermination aura lieu dans un an et qu'à la vérité, rien n'est prêt ! 
 
Qui ? La question aura vampirisé toutes les autres. Imaginez un peu ! On en est encore à constituer la liste de ceux qui seront autorisés à participer au scrutin et – comme toujours dans ce domaine – rien n'est simple. Si on sait qui a le droit de voter, on ne sait toujours pas comment les inscrire et ça fait des mois que ça dure, que l'on se querelle sur les chiffres et que l'on se demande si les natifs – selon leur origine – ont ou non, les mêmes prérogatives.Tout cela est un peu ubuesque, même si l'on conçoit que ce référendum doit être incontestable et incontesté. Mais le pire c'est que, pendant que l'on s'écharpe sur cette question, on n'avance sur rien. Et les différents participants ont d'ores et déjà prévenu que si l'on ne trouvait pas un accord sur la liste électorale spéciale, lors du comité des signataires, on n'arriverait pas à traiter les autres thèmes.
 
Et pourtant, la liste est longue !
Parce qu'une fois que l'on saura qui peut voter, il faudra encore déterminer, comment ils voteront. Et c'est aussi une question essentielle au bon déroulement du scrutin et à sa sincérité.Comment faire en sorte que le vote ne soit pas influencé, que des bulletins ne soient pas détournés, que chacun puisse s'exprimer en toute liberté ? C'est la question des bureaux de vote décentralisés, des procurations, des observateurs…
Et forcément, il y aura débat.
 
Et ce n'est pas tout parce qu'il reste au moins deux points essentiels pour organiser cette consultation : la date et la question.
La date, parce que – même si tout le monde parle de novembre 2018 – on ne sait toujours pas, en réalité, quand aura lieu ce scrutin, ni qui va décider de son organisation. Ce peut être le Congrès, à la majorité des trois cinquièmes, et il a jusqu'au mois de mai 2018 pour se décider. Mais s'il ne le fait pas, ce sera le rôle de l'Etat qui devra l'organiser au plus tard en novembre 2018.
Et puis, excusez du peu, il faut également décider de la question qui sera posée, parce que ça non plus ce n'est pas arrêté. L'Accord de Nouméa dit, seulement, que la consultation portera sur le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité. Un peu compliqué comme questionnement. Alors, pour faire simple, la question pourrait être "Etes-vous pour ou contre l'indépendance ?" mais cette formulation basique ne fait pas l'unanimité et il faudra, là aussi, en débattre.
 
Et quand on aura répondu au "qui, quand, quoi, comment" il restera tout de même une question, la question essentielle même, celle du "pourquoi".
Pour quel destin commun ? Pour quelle communauté de destin ?
C'est la première qu'il aurait fallu soulever mais tout le monde – ou presque – a oublié de la poser…
 

 Chronique de la semaine écoulée du 16 Octobre 2017

  • Télécharger le podcast
 

Lire la chronique

Chronique du 16 Octobre 2017

Il faudra bien que quelqu'un cède dans l'absurde bras de fer autour de l'élection du président du gouvernement.
Il faudra bien que quelqu'un cède, et c'est ce qui rend d'autant plus inepte cet affrontement qui ne suscite, pour l'instant, qu'indifférence et incompréhension dans la population.
Indifférence, parce que les conséquences ne se font pas encore sentir. Le gouvernement sortant expédie les affaires courantes et cette paralysie, de fait, de l'exécutif ne se traduit pas, pour le moment, dans la vie quotidienne des calédoniens. Il pourrait en être autrement si cette crise finissait par avoir des répercussions, notamment dans le secteur budgétaire.
Incompréhension, parce que cette épreuve de force ne semble pas à la hauteur des enjeux que la Calédonie doit affronter dans les tout prochains mois. Comment justifier que l'on prive le territoire d'un gouvernement à quelques jours d'un comité des signataires important, à quelques semaines de la visite du Premier ministre et alors que l'échéance 2018 et ses incertitudes devraient mobiliser toutes les énergies ?
Le jeu n'en vaut pas la chandelle est-on tenté de dire.

De toute façon, il faudra que quelqu'un cède, ou fasse le premier pas, pour atteindre cette majorité introuvable de six voix.
Par le passé, on s'en souvient, ce sont les indépendantistes qui avaient résolu l'équation, en faisant l'appoint, pour élire Philippe Germain. Mais personne n'avait trouvé cela vraiment satisfaisant. Les indépendantistes, qui se sont sentis floués, jurent qu'on ne les y prendra plus. Et ils sont d'autant plus crispés depuis les législatives qui ont laissé des traces plus profondes qu'on ne le croyait. Et comme ils sont minoritaires au gouvernement, personne ne peut leur reprocher de se désintéresser de la situation et de laisser les partisans du maintien dans la France se sortir de la situation inextricable qu'ils ont eux-mêmes créée. "Qu'ils se débrouillent !" disent volontiers les élus UC et UNI.

Les Républicains calédoniens – qui n'ont, d'ailleurs, de Républicains qu'une étiquette usurpée – ont décidé de jouer à plein leur rôle de poil à gratter. Ils n'ont qu'un siège au gouvernement mais ils en font un objet de chantage et de marchandage. Ils posent leurs conditions pour voter pour le président du gouvernement choisi par la plateforme.  Ils réclament des engagements sur la fiscalité, sur le non transfert des compétences de l'article 27, sur la lutte contre les abus d'alcool et sur la relance de l'emploi et la survie des comptes sociaux. Des revendications qui font figure ou d'évidences ou de prétextes, alors qu'en réalité, la volonté des Républicains calédoniens est, surtout, d'être entendus, considérés, pris en compte, pour échapper à la marginalité dans laquelle ils se sont eux-mêmes enfermés.
Quant au "plan B" de soutien à Bernard Deladrière, c'est clairement une manœuvre de diversion, qui vise à mettre un coin entre les partis de la plateforme.

On en est là et la marge de manœuvre des partis de la plateforme est assez étroite.Changer de candidat au milieu du gué ? Ça ne semble pas envisageable.Chercher une voix chez les indépendantistes ? Ce n'est pas à l'ordre du jour.Accepter d'échanger avec ceux qui s'inscrivent dans l'opposition et qu'ils ont baptisés "chefs de guerre" ? Ce n'est pas prévu pour l'instant.
Et pourtant, il faudra bien que quelqu'un cède ! Ou que l'on se prive, durablement, d'un gouvernement de plein exercice, à quelques mois d'une échéance essentielle.



Chronique de la semaine écoulée du 09 Octobre 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 09 Octobre 2017

Ignoble ! Outrancier ! Clivant ! Ce sont les qualificatifs que s'échangent, depuis quelques jours, Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls, dans une escalade verbale insensée, autour de la mission d'information de l'Assemblée Nationale sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.
C'est le leader de la France insoumise qui a ouvert les hostilités dès l'annonce de la composition de cette mission dans laquelle il devait siéger avec l'ancien Premier ministre. "Une corvée, selon Jean-Luc Mélenchon, que de siéger avec l'ignoble Valls. "Ici, qui vient-il trahir ?" ajoutait-il insidieusement.
Et la corvée était telle, que Mélenchon a préféré démissionner d'une mission dont son pire ennemi a été élu président. Pour lui, on ne saurait faire un choix plus inapproprié. "Monsieur Valls, écrit-il, est un personnage extrêmement clivant, qui suscite de forts rejets du fait de sa proximité avec les thèses ethnicistes de l’extrême droite"Une escalade que l'ancien chef de gouvernement ne pouvait laisser passer. A son tour, Manuel Valls, dénonce le ton "ignoble et outrancier" employé par Jean-Luc Mélenchon qui, "en claquant la porte de la mission Nouvelle-Calédonie, affiche son mépris pour les Calédoniens" 

Mais nous avons compris que, dans cette querelle, nous ne sommes que des prétextes. Valls et Mélenchon se détestent et refusent de se côtoyer quelle qu'en soit la raison ou le sujet. Une haine, alimentée par les récentes évolutions politiques, et qui s'exprime sur d'autres sujets. Valls reproche à Mélenchon son discours "islamo-gauchiste" tandis que Mélenchon dénonce une "proximité" de l'ancien Premier ministre "avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne" et accuse "la bande à Valls d'être totalement intégrée à la fachosphère et à sa propagande".
Bien loin du dossier calédonien ! 

Exit donc Mélenchon ! Et malgré sa culture, sa verve et ses talents d'orateur, on ne s'en plaindra pas même s'il regrette, lui, de devoir démissionner après avoir "suivi personnellement chaque étape de la vie politique du territoire depuis, avant même, les accords entre ses protagonistes".La Calédonie a besoin de davantage de sérénité. 
Quant à Manuel Valls, qui prend les rênes de la mission sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, il s'est déclaré sur Twitter "très fier" de la présider, avec Christian Jacob comme rapporteur. Et sa nomination n'a rien d'anodin.
Il avoue, d'ailleurs, un attachement personnel pour la Nouvelle-Calédonie et l'on connait sa fibre rocardienne qui l'amène à porter un regard particulier sur les accords de Matignon et de Nouméa. Michel Rocard, dit-il, l'a "initié à la Nouvelle-Calédonie". On relève, également, qu'il s'est débarrassé de l'attitude d'équidistance, qui lui avait été reprochée, au début de son mandat de Premier ministre, pour adopter une posture plus volontariste. Aujourd'hui, il se déclare "très inquiet de tout ce qui apparaîtrait comme une question couperet et qui laisserait l'avenir, ou le jour d'après dans le brouillard" et c'est lui aussi qui, devant le Congrès, avait affirmé que "La consultation sur l’accession à la pleine souveraineté, par sa nature même, ne construira pas un consensus miraculeux et qu'il est donc indispensable de ne pas se limiter à cet horizon."
Des questions dont il a eu l'occasion de s'entretenir, il y a quelques semaines avec le sénateur Pierre Frogier.

Hasard du calendrier, c'est un natif de Barcelone qui prend aujourd'hui la présidence de cette mission, lui qui qualifie de "folie" l'indépendance de la Catalogne.
Il n'y a, bien sûr, aucune analogie entre les deux situations mais quoi qu'en pense Mélenchon, la nomination de Valls c'est peut-être un choix très approprié !
 

Chronique de la semaine écoulée du 02 Octobre 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 02 Octobre 2017

La décolonisation ce n'est pas forcément l'indépendance et l'on peut envisager une décolonisation dans la France.
C'est l'un des rappels utiles fait à l'occasion de la réunion, mardi, de la 4ème commission des Nations Unies en charge, précisément de la décolonisation.
Trois issues sont possibles pour un territoire inscrit sur la fameuse liste des territoires à décoloniser : l'indépendance, l'indépendance association ou l'intégration.Trois issues auxquelles s'ajoutent une quatrième : celle d'un statut librement choisi par la population du territoire concerné. Statut qui, nous concernant, peut notamment être une très large autonomie au sein de la République française.
L'essentiel, pour l'ONU, c'est en fait l'autodétermination, c’est-à-dire le choix libre et souverain de déterminer la forme de son régime politique.

Des précisions sémantiques qui ne sont pas déplacées à 13 mois maintenant de la fameuse consultation de sortie de l'Accord de Nouméa, qui n'est autre qu'un scrutin d'autodétermination. 
Parce qu'on a tendance à embrouiller les calédoniens avec un jargon approximatif qui peut parfois semer le trouble, le doute et la confusion.
L'Accord de Nouméa, nous dit-on, est un accord de décolonisation.
Oui, mais avec la nuance importante que décolonisation ne signifie pas indépendance ni pleine souveraineté.
La Calédonie est inscrite sur la liste des territoires à décoloniser.
Oui, mais elle peut en être retirée sans accéder à l'indépendance.
L'Accord de Nouméa ne ment d'ailleurs pas sur ces points et il est bon de le relire. Il indique, seulement, que la décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd'hui en Nouvelle-Calédonie, et il précise, uniquement, que le cheminement vers l’émancipation sera porté à la connaissance de l’ONU. 

Mais comment se défaire d'une certaine méfiance à l'égard des Nations Unies que l'on sait – par nature et historiquement – plutôt favorables aux revendications indépendantistes, au mépris parfois de l'intégrité territoriale ?
Comment convaincre que les calédoniens, dans leur grande majorité, souhaitent rester au sein de l'ensemble français avec un statut rénové, original, innovant qu'il leur reste à inventer et qui traduira une véritable communauté de destin ?
C'est le pari relevé, cette année encore, par les partisans du maintien dans la France, réunis dans une délégation issue de la plateforme "pour une Calédonie dans la France et dans la paix". Ils veulent faire entendre, à New York, une autre voix que celle du FLNKS, en espérant être audible auprès d'une assemblée qui – n'en doutons pas – ne leur est pas instinctivement favorable. 

Et pourtant, la Calédonie a fait tous les efforts qu'il fallait ! Elle a ravalé ses suspicions à l'égard de l'ONU en ouvrant ses portes, à plusieurs reprises, à des délégations venues vérifier la bonne application de l'Accord de Nouméa. Elle a même accepté que ses observateurs viennent surveiller la constitution de ses listes électorales.
Une bonne volonté dont on espère qu'elle portera ses fruits même s'il faut se garder de toute naïveté. Ce sont les calédoniens, et eux seuls, qui décideront de leur autodétermination, d'où la nécessité qu'ils parlent d'abord, entre eux, avant de s'exprimer devant les instances internationales.
Ont-ils conscience qu'il leur reste bien peu de temps pour s'y mettre ?


Chronique de la semaine écoulée du 25 Septembre 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique



                                                   Chronique du 25 Septembre 2017

Objectif 2018 ! C'est le prochain scrutin qui attend les calédoniens, une fois passées les nombreuses échéances électorales de 2017.
Le dernier épisode c'était hier, avec l'élection sénatoriale qui s'est jouée en un petit tour. Pierre Frogier et Gérard Poadja, candidats sur la même liste "Pour une Calédonie dans la France et dans paix", ont obtenu, dès le matin, la majorité absolue. 
L'événement n'est pas tant, d'ailleurs, dans la victoire, que dans la liste commune, traduction de la déclaration qui a été signée entre les deux tours des législatives, la fameuse plateforme, constituée par le Rassemblement, Calédonie ensemble, le MPC et Tous calédoniens. Une plateforme qui enregistre donc une nouvelle victoire et qui est confortée par l'élection sénatoriale, puisque que le report de voix s'est fait, une fois encore. Les grands électeurs ont joué le jeu de l'union. 

Il faut dire qu'à 14 mois de l'échéance cruciale de 2018, l'union apparaît, à la majorité des calédoniens, comme une nécessité et comme une évidence. C'est l'avenir de la Calédonie qui se jouera, et l'enjeu vaut mieux que les discordes et les chamailleries qui émaillent, depuis des années, le camp des partisans du maintien dans la France. 
Mais l'union est un combat qui n'est jamais gagné d'avance et il reste des incrédules qui observent, avec méfiance et circonspection, le rapprochement des frères ennemis d'hier.
Il y a les attentistes qui se demandent si ça va tenir, les sceptiques qui pensent que ça ne va pas durer, les amers qui refusent l'apaisement, mais aussi les inquiets qui craignent la rupture et les va-t'en guerre qui la souhaitent.
Aux responsables de la plateforme de rassurer les uns, de démentir les autres et de faire réussir cette improbable construction qui oblige, ceux qui se sont tant détestés, à parler d'une même voix pour préparer un avenir dans la France et dans la paix. A eux de savoir ouvrir, au plus vite, le dialogue avec les indépendantistes pour débuter, enfin, les indispensables discussions d'avenir. A eux, enfin, de savoir rassembler le plus largement possible, les calédoniens qui sont opposés à l'indépendance parce c'est cette unité qui leur donnera crédibilité et efficacité. 

D'autant plus que cette union est rendue nécessaire, aussi, par les incertitudes du pouvoir national.A l'évidence, Paris a d'autres préoccupations que le dossier calédonien. Entre les catastrophes naturelles et les manifestations de rue, l'avenir de la Nouvelle-Calédonie aura de la peine à apparaître comme une priorité.
Même sur le dossier de la liste électorale spéciale pour la consultation de sortie, le Premier ministre préfère renvoyer la balle aux acteurs calédoniens plutôt que de se saisir lui-même du problème. 

Et quand il y a, à la tête de l'Etat, un président de la République qui considère que la colonisation est un crime contre l'humanité et un acte de barbarie, ce n'est pas le moment d'étaler ses dissensions.Il vaut mieux, dans ce cas-là, jouer collectif et défendre le même projet, dans la perspective de 2018.
 



Chronique de la semaine écoulée du 18 Septembre 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

                                                  Chronique du 18 Septembre 2017

Hasard du calendrier, ce 24 septembre – date de la désormais "fête de la citoyenneté" qui célèbrera cette année le 164ème anniversaire du rattachement de la Nouvelle-Calédonie à la France – sera, aussi, celle des élections sénatoriales.
La dernière étape d'une séquence électorale qui a commencé il y a plus d'un an et qui a déjà vu se succéder les primaires des différents partis politiques, la présidentielle et les législatives.
Hasard du calendrier, ce rendez-vous électoral aura lieu à 14 mois de l'échéance fixée, il y a près de 20 ans, par l'Accord de Nouméa : la consultation d'autodétermination par laquelle les calédoniens doivent choisir de rester, ou non, dans la France.

Hasard du calendrier, ces élections sénatoriales se dérouleront alors que le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie est dans l'incapacité d'élire son président et que l'exécutif est réduit à l'expédition des affaires courantes.Hasard du calendrier ? Sans doute !Mais cette conjonction d'événements vient surtout nous rappeler que le temps presse.Dans un peu plus d'un an, nous serons confrontés à un rendez-vous capital, crucial, déterminant et il serait peut-être temps de le préparer. Et ce ne sont pas avec des divisions incessantes, de petits règlements de compte ou des querelles d'ego, que nous le préparerons.Ce n'est pas – à l'évidence – en menant une guéguerre pour la présidence du gouvernement, alors que chacun sait qu'il faudra en sortir un jour, et qu'il n'y a pas dix mille solutions pour trouver une issue. Le prétexte d'une réunion, en présence éventuellement du haut-commissaire, pour parler des orientations du gouvernement n'abuse personne ! Et certainement pas ceux qui font cette proposition.
C'est trop tard et l'enjeu n'est plus là parce que le temps presse. 

Ce n'est pas non plus avec des surenchères, des outrances, de la mauvaise foi ou des raisonnements fallacieux que nous créerons les conditions d'une sortie apaisée de l'Accord de Nouméa. Les responsables indépendantistes le savent, même s'ils continuent à entretenir l'ambiguïté, auprès de leurs bases, avec un projet de société qui, selon eux, permettrait à la Nouvelle-Calédonie, de vivre aussi bien en se passant de l'aide de la France.
Eux aussi doivent prendre conscience que le temps presse et qu'ils vont bientôt être rattrapés par la réalité. 

On a beaucoup glosé, ces dernières années, sur "le jour d'après", mais on s'aperçoit qu'en réalité, ce sont les jours d'avant dont nous devons nous préoccuper. Comment faire pour arriver sereinement, et dans les meilleures conditions possibles, à ce rendez-vous de novembre 2018 ? Comment faire pour sauvegarder le vivre ensemble ? "Comment faire pour que tout ce qu'on a fait, depuis 30 ans, ne parte pas en vrille un dimanche ?" Interroge, ainsi, Pierre Frogier qui ne veut pas laisser tourner l'horloge, sans rien faire, jusqu'à la date de la consultation. Et cette exigence s'impose d'autant plus face à une donne nationale inédite qui oblige à la cohérence et à l'unité des acteurs politiques calédoniens.Le hasard du calendrier veut que cette échéance essentielle pour notre avenir se déroulera avec un nouveau pouvoir qui – quoi qu'on en dise – méconnait totalement la réalité du dossier calédonien.
Mais, selon certains, il n'y a pas de hasard !




Chronique de la semaine écoulée du 21 Août 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

Chronique du 21 Août 2017

C'est donc le 15ème gouvernement de la Nouvelle-Calédonie qui va voir le jour prochainement avec la chute, ce samedi, du gouvernement Germain.
Un gouvernement qui – en théorie – devrait être celui qui sera en place dans 15 mois, lors de la consultation de sortie de l'Accord de Nouméa. En démissionnant collectivement, les membres de Calédonie ensemble ont fait en sorte que, dans les 18 mois qui viennent, aucun autre groupe ne puisse faire tomber l'exécutif par le biais d'une démission collective comme cela a, si souvent, été le cas dans le passé. L'histoire mouvementé des 14 gouvernements, qui se sont succédé depuis mai 1999, prouve toutefois, qu'en la matière, tout peut arriver et que l'imagination de certains élus est parfois sans limite pour arriver à leurs fins.
Une imagination sans limite, mais qui souvent n'est pas en leur honneur, tant il est évident que ce n'est pas l'intérêt général qui a motivé ces manœuvres et ces habiles détournements de la loi.

On rappellera, pour mémoire, la mascarade de 2011 quand il a fallu élire 4 gouvernements en trois mois en raison de la démission collective et systématique de la liste Calédonie ensemble dès la formation du gouvernement, provoquant la chute de l'exécutif aussitôt son élection. Il avait fallu carrément, à l'époque, que le Parlement modifie la loi organique pour empêcher ce stratagème dévastateur.

Plus près de nous, on se souvient du blocage lors de la mise en place du gouvernement élu le 31 décembre 2014 quand aucune majorité de six élus ne s'est dégagée pour élire le président et qu'il a fallu attendre le 1er avril 2015 quand le FLNKS a décidé de trancher en faveur de Philippe Germain.
Un mauvais scénario dont on nous prédit la réédition dans les jours qui viennent avec un exécutif composé de 6 membres issus de partis favorables au maintien dans la France et de 5 indépendantistes. Logiquement et traditionnellement, le président du gouvernement est non indépendantiste. Logiquement et mathématiquement, il doit être issu de Calédonie ensemble fait valoir le parti de Philippe Gomès qui est majoritaire au Congrès et qui devrait proposer que Philippe Germain se succède à lui-même.
Et c'est là que le bât blesse parce que chacun sait que cette réélection n'a rien d'automatique et que les six voix seront, encore une fois, difficiles à trouver.
Difficiles à trouver parmi les non indépendantistes, parce que 5 seront issus de l'intergroupe et un représentera les Républicains calédoniens. C'est lui qui se retrouvera en position de faiseur de roi et il refuserait de voter en faveur du président sortant.
Difficiles à trouver, aussi, cette fois-ci parmi les indépendantistes parce qu'ils sont échaudés par les deux ans écoulés et qu'ils sont plutôt crispés depuis les législatives.
S'ajoutent, à cela, plusieurs autres obstacles comme la répartition des sièges entre les partis de l'intergroupe, la désignation des membres de l'Union calédonienne, la personnalité du représentant des Républicains calédoniens…
Bref, la composition de ce 15ème gouvernement s'apparente d'ores et déjà à un casse-tête.
Il permettra aussi de mesurer la maturité des élus calédoniens, leur capacité à faire des concessions, leur aptitude à distinguer l'accessoire de l'essentiel et à faire passer leur intérêt particulier derrière l'intérêt général. On ne leur demande même pas de faire semblant de s'aimer mais seulement, à 15 mois de la sortie de l'Accord, d'éviter à la Calédonie une nouvelle crise institutionnelle.

Chronique de la semaine écoulée du 07 Aout 2017

  • Télécharger le podcast


Lire la chronique

         Chronique du 07 Août 2017

Comme d'habitude, la Calédonie aborde au dernier moment les échéances capitales auxquelles elle est confrontée. Et – n'en doutez pas – ce sera le cas encore pour la consultation de sortie. Ce n'est pas faute d'avoir essayé de faire autrement et des voix se sont faites entendre pour commencer à discuter dès 2009, huit ans avant la date limite. Comme d'habitude, on leur a dit que c'était trop tôt, qu'il y avait le temps et que l'on pouvait attendre 2014. Et puis, en 2014, on leur a dit c'était encore trop tôt et qu'il fallait laisser le temps au temps.
Et comme d'habitude, on commence à s'inquiéter à 15 mois du rendez-vous, en réalisant que rien n'est prévu, que l'on a rien anticipé et qu'il est temps de se bouger. 

Comme d'habitude, c'est vers l'Etat que l'on se retourne. "La parole de l'Etat est attendue à Nouméa" déclare Pierre Frogier, en interpellant le Premier ministre devant le Sénat. Cela fait des années que le sénateur demande à l'Etat d'assumer son rôle d'acteur et de signataire et qu'il lui reproche de se réfugier dans l'équidistance. Un reproche que relaie d'ailleurs, aujourd'hui, Roch Wamytan qui déclare à son tour que "l'équidistance, c’était du grand n’importe quoi qui n’amène rien".
Mais cette fois-ci, le gouvernement est au pied du mur ! Il sait que la consultation calédonienne sera l'un de ses dossiers sensibles prioritaires et qu'il ne peut plus reculer. Mais il sait aussi – a déclaré Edouard Philippe – que le destin commun est acquis et il veut éviter que les tensions s’avivent à l’approche de la consultation.Comme d'habitude. 

Comme d'habitude, les indépendantistes en appellent aussi à l'Etat. C'est avec lui qu'ils veulent discuter et avec lui seulement, parce qu'il est le colonisateur. Et le président du groupe UC au Congrès ne s'en cache pas. Il veut reprendre la démarche qui avait fonctionné en 1997. Il veut faire comme d'habitude quoi ! 

Et puis, comme d'habitude, la vie politique calédonienne est rythmée par ces cycles traditionnels qui ponctuent son actualité. Rassemblement, éclatement, rapprochement.Recomposition, division, réunion.
C'est une sorte de mouvement perpétuel animé à la fois par ceux qui estiment qu'il faut regrouper ses forces pour préparer l'avenir et par certains élus habitués, plus que d'autres, à changer régulièrement d'étiquettes et de fidélités, qui aiment à créer des scissions pour exister. Les premiers pensent qu'il faut savoir faire des compromis pour préserver l'essentiel, les seconds sont persuadés que concession rime avec trahison et qu'ils sont les seuls à avoir raison.
Comme d'habitude, ce phénomène touche d'avantage les partisans du maintien dans la France mais les indépendantistes n'y font pas totalement exception même s'ils exposent moins leurs divisions mais ils sont actuellement traversés des mêmes courants contraires.
Comme d'habitude, le regroupement s'impose davantage pendant les moments dramatiques ou les moments décisifs, comme celui que nous abordons. Mais, comme d'habitude, il en est toujours qui restent à la lisière et qui, dans chaque camp, font entendre leurs différences.Les fusions/divisions auxquelles nous assistons actuellement n'ont donc rien d'exceptionnel.
C'est un éternel recommencement ! Comme d'habitude…


Chronique de la semaine écoulée du 31 juillet 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

 

Chronique du 31 juillet 2017

Il nous faudra donc être patients !
Pendant les six jours qu'elle a passés en Nouvelle-Calédonie, Annick Girardin a regardé, écouté, appris, mais elle l'a dit : elle ne nous donnera de réponses que le moment voulu.
Une attitude dilatoire habile dans la mesure où sur tous les sujets dont elle a été saisie : l'avenir institutionnel, le corps électoral, le secteur du nickel, elle n'a pour l'instant pas de réponse.
Mais d'ailleurs qui les a ? C'est bien le problème !
Et bien malin qui pourrait avoir des certitudes sur l'un ou l'autre sujet.
Le secteur du nickel ? La marge de manœuvre de l'Etat est bien mince. Et même si chacun est convaincu que la mise en sommeil ou la fermeture de Vale NC serait un drame, une catastrophe, un tsunami, personne n'est vraiment en mesure de peser sur les décisions de la multinationale dont le PDG vient de répéter qu’il ne veut plus perdre d’argent dans son usine calédonienne et qu'il est prêt à arrêter les frais.
Le corps électoral ? Même si l'avis du Conseil d'Etat sur l'inscription automatique est attendu début septembre, c'est le type même de sujet dont on peut craindre qu'il ne soit jamais réglé tant il est aujourd'hui instrumentalisé par certains. Les inacceptables débordements verbaux, entendus lors de la récente marche du RIN, prouvent que, quelles que soient les solutions trouvées, il y en aura toujours pour contester l'élaboration de la liste référendaire de manière à faire peser un doute sur la sincérité du scrutin.
Reste alors la question de l'avenir institutionnel. Question essentielle, et dont la réussite est intimement liée aux deux autres, mais pour laquelle on dispose – si c'est possible – d'encore moins de lisibilité. Et ce n'est pas pour rien que la ministre des outremers a renvoyé le sujet au prochain comité des signataires voire à la visite, en décembre, du Premier ministre. En espérant sans doute, un élément déclencheur, une étincelle, pour débloquer la situation et envisager une quelconque avancée.
A moins qu'Edouard Philippe décide de se montrer audacieux et de prendre une initiative déterminante pour mettre tout le monde autour de la table et chacun face à ses responsabilités.

Mais on a tout de même l'impression d'un léger frémissement dans les intentions et dans la volonté de discuter. Les signataires de la déclaration commune pour une Calédonie dans la France et dans la paix, proposent leurs Etats généraux et suggèrent un dialogue approfondi avec les indépendantistes. Roch Wamytan propose, à la ministre, une discussion bilatérale pour reprendre la démarche qui avait amené à la signature de l'Accord de Nouméa… A 15 mois de novembre 2018, on semble tâtonner pour trouver une méthode. Celle qui pourrait éviter de se retrouver dans le mur au lendemain d'un referendum binaire dont beaucoup sont aujourd'hui convaincus qu'il ne résoudra rien.

Jean-Jacques Urvoas est de ceux-là et, dans la foulée de Michel Rocard, il s'inquiète des possibles incidences d’un scrutin de nature outrancièrement binaire qui, mal préparé, pourrait mettre le feu aux poudres. L'ancien Garde des Sceaux qui publie une note en proposant des pistes sur l'avenir institutionnel. Etat associé ou Etat fédéré, les formules suscitent déjà des interrogations, voire des réticences, mais au moins, ont-elles le méritent de lancer la réflexion et de proposer la recherche de solutions politiques pour sortir de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons. Sa contribution a peut-être été balayée trop vite par ceux qui le traient de donneurs de leçons ou qui lui prêtent surtout l'intention de se repositionner.
Au point où nous en sommes, il est urgent de solliciter toutes les bonnes volontés.
C'est peut-être, avec le temps, ce qui nous manque le plus.
  

 

Chronique de la semaine écoulée du 24 Juillet 2017

  • Télécharger le podcast
 

Lire la chronique

Chronique du 24 Juillet 2017


C’est donc la première visite ministérielle de l’ère Macron en Nouvelle-Calédonie. Annick Girardin a même tenu à faire savoir qu’elle avait choisi le territoire pour son premier déplacement de ministre des outremers.
Mais en même temps – eh oui, on essaie de se mettre au style macronien – mais en même temps, donc, Annick Girardin a aussi été secrétaire d'Etat puis ministre de François Hollande de 2014 à 2017, ce qui réduit singulièrement la nouveauté. 
Ex-ministre socialiste, devenue ministre de La République En Marche, quelle sera son approche du dossier calédonien et de la sortie de l'Accord ? C'est quand même ce qui nous intéresse au premier chef.
Et la ministre est prévenue ! C'est sur ce thème qu'elle est attendue par tous, ici, avec plus ou moins de bienveillance.

Le sénateur Pierre Frogier rappelle, à la veille de son arrivée, qu'il est dans l'opposition et il a indiqué au Premier ministre Edouard Philippe, qu'il n'était pas dans la catégorie des "constructifs". Il va même jusqu'à craindre qu'Emmanuel Macron ait une préférence pour l'indépendance-association.
A l'inverse, le député Philippe Gomès siège parmi les "constructifs" à l'Assemblée nationale et il ne tarit pas d'éloges à l'égard du Premier ministre dont il salue la volonté d'appréhender le dossier calédonien dans toute sa dimension.
Partage des rôles pour les signataires de la "déclaration commune pour une Nouvelle-Calédonie dans la France et dans la paix" ? Ou expression d'analyses divergentes ?
Les responsables de la plateforme veulent défendre une position commune face aux possibles errements du nouveau pouvoir mais ils ne parlent pas encore d'une seule voix. Cela rassurera ceux qui craignaient une mise au pas !
Et cela éclairera la ministre sur la complexité du dossier calédonien. 

Côté indépendantistes, le Palika déclare être prêt à travailler dans un état d’esprit constructif, pour que l’Accord de Nouméa aille jusqu’à son terme, mais il en veut aux élus de la plateforme et singulièrement à Philippe Gomès, tandis que l’Union Calédonienne fait savoir, par la voix de son président Daniel Goa, qu'elle prépare le référendum avec sérieux et sérénité, alors que Roch Wamytan insiste sur l'importance de l'unité de chacun des deux camps, indépendantistes et non indépendantistes, pour avancer et préparer l'échéance 2018. 

Aujourd'hui, clairement, la balle est dans le camp de l'Etat qui doit se dépêcher à 15 mois de la sortie de l'Accord. L'heure n'est plus aux atermoiements et aux missions d'experts et l'on verra bien, au vu de l'ordre du jour du comité des signataires prévu en octobre, si le gouvernement d'Edouard Philippe choisit le statu quo et l'immobilisme, qui ont prévalu ces cinq dernières années ou, au contraire, le volontarisme et l'audace.

Le referendum calédonien sera l'un des dossiers sensibles de l'ère Macron et l'on espère que le Président de la République et son équipe sauront le gérer avec plus de doigté que celui du Chef d'Etat-major des armées.
Ça ferait bizarre s'il s'emparait du dossier en voulant jouer au petit chef !
 



Chronique de la semaine écoulée du 17 juillet 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 17 Juillet 2017

La ministre des outremers attendue dans quelques jours à Nouméa. Le Premier ministre annoncé en décembre et un comité des signataires convoqué en octobre.
Piqué au vif par les remarques acerbes de tous ceux qui ont signalé qu'il ne connaissait rien au dossier calédonien, le nouveau pouvoir veut mettre les bouchées doubles !
Déjà, il consulte tous azimuts pour se mettre au parfum et rattraper son retard sur un sujet dont il pressent – tout de même – la complexité. Plus question de renouveler les gaffes des derniers mois quand Emmanuel Macron qualifiait la colonisation de "crime contre l'humanité" ou quand Annick Girardin affirmait que la France resterait "aux côtés de la Nouvelle-Calédonie, peu importe la décision qui sera prise".
On a compris, en haut lieu, que le sujet était sensible, subtil par certains aspects, qu'il fallait peser ses mots avant de s'exprimer et ne toucher à l'Accord de Nouméa que d'une main tremblante.

Mais, posé ce principe, nous n'avons encore aucune idée de ce qui guidera l'Etat, dans sa préparation de l'avenir, alors que nous sommes à 16 mois de la consultation de sortie. Les seuls propos dont nous disposions émanent du Premier ministre qui, lors de son discours de politique générale, a indiqué que "cette mandature sera celle de l’aboutissement de l'Accord de Nouméa" – preuve seulement qu'il sait lire un calendrier. Il a aussi ajouté que "l’État jouera pleinement son rôle d’acteur et de garant de ce processus, pour conforter le destin commun inscrit dans le préambule de l'Accord" et il a précisé que c'était un engagement personnel. Il s'est dit, enfin, "honoré de reprendre le flambeau de Michel Rocard et de quelques autres après lui".
On pensera, au choix, que c'est un peu court ou que c'est mieux que rien mais cela ne nous éclaire pas beaucoup sur les intentions du nouveau pouvoir.

Cette incertitude a, d'ailleurs, été l'une des motivations à l'origine de la déclaration commune signée par le Rassemblement, Calédonie ensemble, le MPC et Tous Calédoniens. Il s'agit de "renforcer la cohésion des partisans du maintien dans la France en défendant une position commune et un même projet, face à de possibles errements." Une déclaration commune attaquée aujourd'hui par les indépendantistes, qui estiment qu'elle s'est faite contre eux, mais aussi par ceux qui s'en sentent exclus et qui réclament une union sacrée de tous les loyalistes.
L'Union, tout le monde la veut mais, au-delà des mots, ceux qui ont joué hier la division et la dissidence sont-ils prêts à porter une position commune et un même projet face aux instances parisiennes ou chacun va-t-il continuer à vouloir faire entendre sa différence et sa spécificité ? C'est la seule question qui vaille et à ce titre, la rentrée du Congrès aura valeur d'indicateur.
Un groupe dissident, qui aggraverait l'éparpillement des partisans du maintien dans la France, ajouterait encore à la division et écarterait les possibilités d'union. Sans compter qu'il brouillerait davantage le message envoyé à Paris. Et comme déjà, les nouveaux dirigeants ne comprennent pas grand chose à la situation calédonienne, il n'est peut-être pas utile de leur compliquer la tâche.
Sauf à vraiment les décourager de s'atteler à ce dossier compliqué avec des idées simples.


Chronique de la semaine écoulée du 10 Juillet 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 10 Juillet 2017

"Faire à l'homme, enfin, un pays digne de lui". C'est la vision d'Emmanuel Macron et la conclusion de son long, très long discours, devant le Congrès du Parlement réuni à Versailles. Les uns s'extasieront devant le sens de l'histoire et de la formule du jeune président et salueront sa dimension littéraire. Les autres souriront de son emphase, de ses amphigouris et de sa propension à aligner les phrases creuses.

Mais pour inédit qu'il fut – c'est la première fois que le Chef de l'Etat s'exprimait ainsi, en début de mandat devant la représentation nationale –  l'exercice a montré ses limites. Ses envolées lyriques et sa logorrhée un peu compassée, servies par de piètres talents d'orateurs, n'ont pas vraiment apporté de réponses concrètes aux nombreuses interrogations et on retient surtout, de tout ce fatras, la confirmation d'une réforme des institutions, déjà annoncée, mais qui ne suffira pas à sortir la France de l'ornière dans laquelle elle est enfoncée.

Et puis, il y a eu le discours de politique générale du Premier ministre qui devait tracer le chemin après que le Président ait fixé le cap. On était là dans le concret et dans l'énoncé de mesures même si un flou certain entoure la façon de réduire les dépenses publiques alors qu'Edouard Philippe reconnaît, lui-même, que nous dansons sur un volcan qui gronde de plus en plus fort.

Mais nous, égoïstement, nous avons surtout retenu qu'il avait parlé de la Nouvelle-Calédonie ! Ce n'est pas courant dans un discours de politique générale mais le nouveau pouvoir a réalisé que cette mandature sera celle de l’aboutissement de l'Accord de Nouméa et, à l'évidence, c'est un dossier sensible qui préoccupe au plus haut sommet de l'Etat. Mais – là encore – Edouard Philippe n'est pas allé beaucoup plus loin que ses prédécesseurs et il s'en est tenu à la lettre de l'Accord.

"S'il n'est pas saisi d’ici mai prochain par le Congrès, le gouvernement organisera la consultation pour l'accession à la souveraineté de la Nouvelle-Calédonie au plus tard en novembre 2018", a confirmé le Premier ministre. Jusque-là rien de très nouveau ! Mais il a toutefois rajouté que "L’État jouerait pleinement son rôle d’acteur et de garant de ce processus." Et il en a même pris l'engagement personnel, ce qui donne un peu de consistance au propos.

Revoilà donc un Etat acteur, après le spectateur équidistant de ces dernières années, et un Premier ministre qui se dit "honoré de reprendre le flambeau de Michel Rocard et de quelques autres après lui", ce qui laisse espérer une vision plus dynamique que statique du dossier calédonien. Mais il ne reste que 16 mois pour faire bouger les choses.

16 mois au cours desquels il faudra ramener tout le monde autour de la table même si les indépendantistes affirment pour l'instant vouloir discuter directement avec l'Etat du seul sujet de la souveraineté, et reprochent aux partisans du maintien dans la France de ne pas vouloir aborder ce thème.

La souveraineté ! Un sujet sur lequel Emmanuel Macron doit adorer disserter lui qui, à Versailles, a évoqué, à propos des relations avec l'Union européenne, "le passé, d’ailleurs idéalisé, de la souveraineté".

La souveraineté, un thème qu'avait longuement développé, aussi, le président du Sénat Gérard Larcher qui conseillait d’appréhender, comme il convient, la notion de souveraineté, en se gardant d'en avoir une conception trop juridique ou trop doctrinale alors qu'il n’existe, dans notre monde aujourd’hui, que des souverainetés partagées.

Bref ! Cela promet des heures de débat passionnant ! Mais si l'urgence, finalement, c'était plus simplement – mais en terme macroniens – de faire aux calédoniens, enfin, un territoire digne d'eux.


Chronique de la semaine écoulée du 03 Juillet 2017

  • Télécharger le podcast
 

Lire la chronique

 Chronique du 06 juin 2017


Nos deux députés sont donc des "constructifs".
Un peu malgré eux, et à l'insu de leur plein gré, les voilà donc embrigadés chez les macron-compatibles, par la grâce de leur appartenance à l'UDI. Pas sûr que cela corresponde à la volonté de leurs électeurs mais la politique nationale a ses raisons auxquelles il est parfois difficile d'échapper.
Clin d'œil de l'actualité ! Ils se retrouvent chez les "philippistes", une appellation qui – quoi qu'on en dise – ne se réfère pas à leur prénom – l'influence du parti des Philippe ne dépasse pas encore le lagon… mais au patronyme du Premier ministre. 
Ils siègent donc dans le groupe des "Républicains constructifs, UDI et indépendants", ceux qui sont censés voter la confiance à Edouard Philippe et être une force d'appoint à l'hyper majorité présidentielle, tout en prétendant être dans l'opposition.

C'est par ce tour de passe-passe que le premier d'entre eux, Thierry Solère a réussi – au mépris de tous les usages – à se faire élire questeur de l'Assemblée nationale, provoquant un véritable psychodrame et une bataille de postes à l'ancienne, bien loin du renouveau des pratiques politiques que nous faisait miroiter le nouveau pouvoir. 
Le charme de cette situation, c'est qu'elle relativise les batailles picrocholines de notre Congrès. Quoi qu'on fasse, le spectacle ne sera pas pire que celui que vient de nous offrir le Palais Bourbon.
Mais à quel spectacle faut-il s'attendre dans quelques jours au boulevard Vauban ? Là est la question ! Et si la déclaration commune, signée entre les deux tours par le Rassemblement, Calédonie ensemble, le MPC et Tous Calédoniens, apporte quelques réponses, elle ne résout pas tout. La donne est connue et les scénarios aussi. Avec 29 élus partisans du maintien dans la France et 25 élus indépendantistes, les jeux sont faits ! Sauf quand – dans un souci d'ouverture et de partage des responsabilités – les non indépendantistes ont favorisé l'élection à la présidence d'un indépendantiste, en l'occurrence de Roch Wamytan.
Mais à l'approche de 2018, cette attitude ne semble plus d'actualité. La grande question qui agite le microcosme c'est de savoir comment siègeront, dans l'hémicycle, les partisans du maintien dans la France. Un seul groupe, ça semble difficile. La déclaration commune fait clairement allusion aux divergences qui opposent les signataires dans les domaines économiques et fiscaux et même s'ils s'engagent "à les résoudre en travaillant ensemble à l’évolution de la politique actuelle afin de redonner confiance aux acteurs économiques", on voit mal comment ils pourraient d'un coup de baguette magique gommer leurs différences d'analyse et parler d'une même voix sur ces sujets hautement polémiques.

Mais ceux qui ne sont pas signataires de la déclaration commune vont-ils réussir à constituer leur propre groupe en réunissant six élus ? C'est l'une des interrogations. Cela leur permettrait de prétendre à une représentation au bureau et de présenter une liste pour la constitution du gouvernement, rendant d'autant plus complexe l'élection de son président. Et l'on se souvient qu'il y a deux ans, ce sont les indépendantistes qui ont été amenés à jouer les arbitres pour débloquer une situation devenue inextricable.
A 18 mois de la consultation de sortie, et face aux incertitudes d'un nouveau pouvoir, la Nouvelle-Calédonie n'a sans doute plus les moyens de se payer le luxe d'une crise institutionnelle.
Et si le mot n'était pas un peu galvaudé aujourd'hui, on appellerait bien tous les élus à être constructifs… Mais pas au sens philippiste du terme.

 

 

 







 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

FIL ACTUS

LES PODCASTS RRB