La chronique de la semaine écoulée

NOUAR

Le rendez-vous éditorial de Radio Rythme Bleu.

Sur un ton volontairement satirique, Elizabeth NOUAR décrypte l'actualité politique de la Nouvelle-Calédonie.

Le lundi à 7h00
Rediffusion dans le journal de 11h30 et à 16h15

   

 

Chronique de la semaine écoulée du 21 Août 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

Chronique du 21 Août 2017

C'est donc le 15ème gouvernement de la Nouvelle-Calédonie qui va voir le jour prochainement avec la chute, ce samedi, du gouvernement Germain.
Un gouvernement qui – en théorie – devrait être celui qui sera en place dans 15 mois, lors de la consultation de sortie de l'Accord de Nouméa. En démissionnant collectivement, les membres de Calédonie ensemble ont fait en sorte que, dans les 18 mois qui viennent, aucun autre groupe ne puisse faire tomber l'exécutif par le biais d'une démission collective comme cela a, si souvent, été le cas dans le passé. L'histoire mouvementé des 14 gouvernements, qui se sont succédé depuis mai 1999, prouve toutefois, qu'en la matière, tout peut arriver et que l'imagination de certains élus est parfois sans limite pour arriver à leurs fins.
Une imagination sans limite, mais qui souvent n'est pas en leur honneur, tant il est évident que ce n'est pas l'intérêt général qui a motivé ces manœuvres et ces habiles détournements de la loi.

On rappellera, pour mémoire, la mascarade de 2011 quand il a fallu élire 4 gouvernements en trois mois en raison de la démission collective et systématique de la liste Calédonie ensemble dès la formation du gouvernement, provoquant la chute de l'exécutif aussitôt son élection. Il avait fallu carrément, à l'époque, que le Parlement modifie la loi organique pour empêcher ce stratagème dévastateur.

Plus près de nous, on se souvient du blocage lors de la mise en place du gouvernement élu le 31 décembre 2014 quand aucune majorité de six élus ne s'est dégagée pour élire le président et qu'il a fallu attendre le 1er avril 2015 quand le FLNKS a décidé de trancher en faveur de Philippe Germain.
Un mauvais scénario dont on nous prédit la réédition dans les jours qui viennent avec un exécutif composé de 6 membres issus de partis favorables au maintien dans la France et de 5 indépendantistes. Logiquement et traditionnellement, le président du gouvernement est non indépendantiste. Logiquement et mathématiquement, il doit être issu de Calédonie ensemble fait valoir le parti de Philippe Gomès qui est majoritaire au Congrès et qui devrait proposer que Philippe Germain se succède à lui-même.
Et c'est là que le bât blesse parce que chacun sait que cette réélection n'a rien d'automatique et que les six voix seront, encore une fois, difficiles à trouver.
Difficiles à trouver parmi les non indépendantistes, parce que 5 seront issus de l'intergroupe et un représentera les Républicains calédoniens. C'est lui qui se retrouvera en position de faiseur de roi et il refuserait de voter en faveur du président sortant.
Difficiles à trouver, aussi, cette fois-ci parmi les indépendantistes parce qu'ils sont échaudés par les deux ans écoulés et qu'ils sont plutôt crispés depuis les législatives.
S'ajoutent, à cela, plusieurs autres obstacles comme la répartition des sièges entre les partis de l'intergroupe, la désignation des membres de l'Union calédonienne, la personnalité du représentant des Républicains calédoniens…
Bref, la composition de ce 15ème gouvernement s'apparente d'ores et déjà à un casse-tête.
Il permettra aussi de mesurer la maturité des élus calédoniens, leur capacité à faire des concessions, leur aptitude à distinguer l'accessoire de l'essentiel et à faire passer leur intérêt particulier derrière l'intérêt général. On ne leur demande même pas de faire semblant de s'aimer mais seulement, à 15 mois de la sortie de l'Accord, d'éviter à la Calédonie une nouvelle crise institutionnelle.

Chronique de la semaine écoulée du 07 Aout 2017

  • Télécharger le podcast


Lire la chronique

         Chronique du 07 Août 2017

Comme d'habitude, la Calédonie aborde au dernier moment les échéances capitales auxquelles elle est confrontée. Et – n'en doutez pas – ce sera le cas encore pour la consultation de sortie. Ce n'est pas faute d'avoir essayé de faire autrement et des voix se sont faites entendre pour commencer à discuter dès 2009, huit ans avant la date limite. Comme d'habitude, on leur a dit que c'était trop tôt, qu'il y avait le temps et que l'on pouvait attendre 2014. Et puis, en 2014, on leur a dit c'était encore trop tôt et qu'il fallait laisser le temps au temps.
Et comme d'habitude, on commence à s'inquiéter à 15 mois du rendez-vous, en réalisant que rien n'est prévu, que l'on a rien anticipé et qu'il est temps de se bouger. 

Comme d'habitude, c'est vers l'Etat que l'on se retourne. "La parole de l'Etat est attendue à Nouméa" déclare Pierre Frogier, en interpellant le Premier ministre devant le Sénat. Cela fait des années que le sénateur demande à l'Etat d'assumer son rôle d'acteur et de signataire et qu'il lui reproche de se réfugier dans l'équidistance. Un reproche que relaie d'ailleurs, aujourd'hui, Roch Wamytan qui déclare à son tour que "l'équidistance, c’était du grand n’importe quoi qui n’amène rien".
Mais cette fois-ci, le gouvernement est au pied du mur ! Il sait que la consultation calédonienne sera l'un de ses dossiers sensibles prioritaires et qu'il ne peut plus reculer. Mais il sait aussi – a déclaré Edouard Philippe – que le destin commun est acquis et il veut éviter que les tensions s’avivent à l’approche de la consultation.Comme d'habitude. 

Comme d'habitude, les indépendantistes en appellent aussi à l'Etat. C'est avec lui qu'ils veulent discuter et avec lui seulement, parce qu'il est le colonisateur. Et le président du groupe UC au Congrès ne s'en cache pas. Il veut reprendre la démarche qui avait fonctionné en 1997. Il veut faire comme d'habitude quoi ! 

Et puis, comme d'habitude, la vie politique calédonienne est rythmée par ces cycles traditionnels qui ponctuent son actualité. Rassemblement, éclatement, rapprochement.Recomposition, division, réunion.
C'est une sorte de mouvement perpétuel animé à la fois par ceux qui estiment qu'il faut regrouper ses forces pour préparer l'avenir et par certains élus habitués, plus que d'autres, à changer régulièrement d'étiquettes et de fidélités, qui aiment à créer des scissions pour exister. Les premiers pensent qu'il faut savoir faire des compromis pour préserver l'essentiel, les seconds sont persuadés que concession rime avec trahison et qu'ils sont les seuls à avoir raison.
Comme d'habitude, ce phénomène touche d'avantage les partisans du maintien dans la France mais les indépendantistes n'y font pas totalement exception même s'ils exposent moins leurs divisions mais ils sont actuellement traversés des mêmes courants contraires.
Comme d'habitude, le regroupement s'impose davantage pendant les moments dramatiques ou les moments décisifs, comme celui que nous abordons. Mais, comme d'habitude, il en est toujours qui restent à la lisière et qui, dans chaque camp, font entendre leurs différences.Les fusions/divisions auxquelles nous assistons actuellement n'ont donc rien d'exceptionnel.
C'est un éternel recommencement ! Comme d'habitude…


Chronique de la semaine écoulée du 31 juillet 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

 

Chronique du 31 juillet 2017

Il nous faudra donc être patients !
Pendant les six jours qu'elle a passés en Nouvelle-Calédonie, Annick Girardin a regardé, écouté, appris, mais elle l'a dit : elle ne nous donnera de réponses que le moment voulu.
Une attitude dilatoire habile dans la mesure où sur tous les sujets dont elle a été saisie : l'avenir institutionnel, le corps électoral, le secteur du nickel, elle n'a pour l'instant pas de réponse.
Mais d'ailleurs qui les a ? C'est bien le problème !
Et bien malin qui pourrait avoir des certitudes sur l'un ou l'autre sujet.
Le secteur du nickel ? La marge de manœuvre de l'Etat est bien mince. Et même si chacun est convaincu que la mise en sommeil ou la fermeture de Vale NC serait un drame, une catastrophe, un tsunami, personne n'est vraiment en mesure de peser sur les décisions de la multinationale dont le PDG vient de répéter qu’il ne veut plus perdre d’argent dans son usine calédonienne et qu'il est prêt à arrêter les frais.
Le corps électoral ? Même si l'avis du Conseil d'Etat sur l'inscription automatique est attendu début septembre, c'est le type même de sujet dont on peut craindre qu'il ne soit jamais réglé tant il est aujourd'hui instrumentalisé par certains. Les inacceptables débordements verbaux, entendus lors de la récente marche du RIN, prouvent que, quelles que soient les solutions trouvées, il y en aura toujours pour contester l'élaboration de la liste référendaire de manière à faire peser un doute sur la sincérité du scrutin.
Reste alors la question de l'avenir institutionnel. Question essentielle, et dont la réussite est intimement liée aux deux autres, mais pour laquelle on dispose – si c'est possible – d'encore moins de lisibilité. Et ce n'est pas pour rien que la ministre des outremers a renvoyé le sujet au prochain comité des signataires voire à la visite, en décembre, du Premier ministre. En espérant sans doute, un élément déclencheur, une étincelle, pour débloquer la situation et envisager une quelconque avancée.
A moins qu'Edouard Philippe décide de se montrer audacieux et de prendre une initiative déterminante pour mettre tout le monde autour de la table et chacun face à ses responsabilités.

Mais on a tout de même l'impression d'un léger frémissement dans les intentions et dans la volonté de discuter. Les signataires de la déclaration commune pour une Calédonie dans la France et dans la paix, proposent leurs Etats généraux et suggèrent un dialogue approfondi avec les indépendantistes. Roch Wamytan propose, à la ministre, une discussion bilatérale pour reprendre la démarche qui avait amené à la signature de l'Accord de Nouméa… A 15 mois de novembre 2018, on semble tâtonner pour trouver une méthode. Celle qui pourrait éviter de se retrouver dans le mur au lendemain d'un referendum binaire dont beaucoup sont aujourd'hui convaincus qu'il ne résoudra rien.

Jean-Jacques Urvoas est de ceux-là et, dans la foulée de Michel Rocard, il s'inquiète des possibles incidences d’un scrutin de nature outrancièrement binaire qui, mal préparé, pourrait mettre le feu aux poudres. L'ancien Garde des Sceaux qui publie une note en proposant des pistes sur l'avenir institutionnel. Etat associé ou Etat fédéré, les formules suscitent déjà des interrogations, voire des réticences, mais au moins, ont-elles le méritent de lancer la réflexion et de proposer la recherche de solutions politiques pour sortir de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons. Sa contribution a peut-être été balayée trop vite par ceux qui le traient de donneurs de leçons ou qui lui prêtent surtout l'intention de se repositionner.
Au point où nous en sommes, il est urgent de solliciter toutes les bonnes volontés.
C'est peut-être, avec le temps, ce qui nous manque le plus.
  

 

Chronique de la semaine écoulée du 24 Juillet 2017

  • Télécharger le podcast
 

Lire la chronique

Chronique du 24 Juillet 2017


C’est donc la première visite ministérielle de l’ère Macron en Nouvelle-Calédonie. Annick Girardin a même tenu à faire savoir qu’elle avait choisi le territoire pour son premier déplacement de ministre des outremers.
Mais en même temps – eh oui, on essaie de se mettre au style macronien – mais en même temps, donc, Annick Girardin a aussi été secrétaire d'Etat puis ministre de François Hollande de 2014 à 2017, ce qui réduit singulièrement la nouveauté. 
Ex-ministre socialiste, devenue ministre de La République En Marche, quelle sera son approche du dossier calédonien et de la sortie de l'Accord ? C'est quand même ce qui nous intéresse au premier chef.
Et la ministre est prévenue ! C'est sur ce thème qu'elle est attendue par tous, ici, avec plus ou moins de bienveillance.

Le sénateur Pierre Frogier rappelle, à la veille de son arrivée, qu'il est dans l'opposition et il a indiqué au Premier ministre Edouard Philippe, qu'il n'était pas dans la catégorie des "constructifs". Il va même jusqu'à craindre qu'Emmanuel Macron ait une préférence pour l'indépendance-association.
A l'inverse, le député Philippe Gomès siège parmi les "constructifs" à l'Assemblée nationale et il ne tarit pas d'éloges à l'égard du Premier ministre dont il salue la volonté d'appréhender le dossier calédonien dans toute sa dimension.
Partage des rôles pour les signataires de la "déclaration commune pour une Nouvelle-Calédonie dans la France et dans la paix" ? Ou expression d'analyses divergentes ?
Les responsables de la plateforme veulent défendre une position commune face aux possibles errements du nouveau pouvoir mais ils ne parlent pas encore d'une seule voix. Cela rassurera ceux qui craignaient une mise au pas !
Et cela éclairera la ministre sur la complexité du dossier calédonien. 

Côté indépendantistes, le Palika déclare être prêt à travailler dans un état d’esprit constructif, pour que l’Accord de Nouméa aille jusqu’à son terme, mais il en veut aux élus de la plateforme et singulièrement à Philippe Gomès, tandis que l’Union Calédonienne fait savoir, par la voix de son président Daniel Goa, qu'elle prépare le référendum avec sérieux et sérénité, alors que Roch Wamytan insiste sur l'importance de l'unité de chacun des deux camps, indépendantistes et non indépendantistes, pour avancer et préparer l'échéance 2018. 

Aujourd'hui, clairement, la balle est dans le camp de l'Etat qui doit se dépêcher à 15 mois de la sortie de l'Accord. L'heure n'est plus aux atermoiements et aux missions d'experts et l'on verra bien, au vu de l'ordre du jour du comité des signataires prévu en octobre, si le gouvernement d'Edouard Philippe choisit le statu quo et l'immobilisme, qui ont prévalu ces cinq dernières années ou, au contraire, le volontarisme et l'audace.

Le referendum calédonien sera l'un des dossiers sensibles de l'ère Macron et l'on espère que le Président de la République et son équipe sauront le gérer avec plus de doigté que celui du Chef d'Etat-major des armées.
Ça ferait bizarre s'il s'emparait du dossier en voulant jouer au petit chef !
 



Chronique de la semaine écoulée du 17 juillet 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 17 Juillet 2017

La ministre des outremers attendue dans quelques jours à Nouméa. Le Premier ministre annoncé en décembre et un comité des signataires convoqué en octobre.
Piqué au vif par les remarques acerbes de tous ceux qui ont signalé qu'il ne connaissait rien au dossier calédonien, le nouveau pouvoir veut mettre les bouchées doubles !
Déjà, il consulte tous azimuts pour se mettre au parfum et rattraper son retard sur un sujet dont il pressent – tout de même – la complexité. Plus question de renouveler les gaffes des derniers mois quand Emmanuel Macron qualifiait la colonisation de "crime contre l'humanité" ou quand Annick Girardin affirmait que la France resterait "aux côtés de la Nouvelle-Calédonie, peu importe la décision qui sera prise".
On a compris, en haut lieu, que le sujet était sensible, subtil par certains aspects, qu'il fallait peser ses mots avant de s'exprimer et ne toucher à l'Accord de Nouméa que d'une main tremblante.

Mais, posé ce principe, nous n'avons encore aucune idée de ce qui guidera l'Etat, dans sa préparation de l'avenir, alors que nous sommes à 16 mois de la consultation de sortie. Les seuls propos dont nous disposions émanent du Premier ministre qui, lors de son discours de politique générale, a indiqué que "cette mandature sera celle de l’aboutissement de l'Accord de Nouméa" – preuve seulement qu'il sait lire un calendrier. Il a aussi ajouté que "l’État jouera pleinement son rôle d’acteur et de garant de ce processus, pour conforter le destin commun inscrit dans le préambule de l'Accord" et il a précisé que c'était un engagement personnel. Il s'est dit, enfin, "honoré de reprendre le flambeau de Michel Rocard et de quelques autres après lui".
On pensera, au choix, que c'est un peu court ou que c'est mieux que rien mais cela ne nous éclaire pas beaucoup sur les intentions du nouveau pouvoir.

Cette incertitude a, d'ailleurs, été l'une des motivations à l'origine de la déclaration commune signée par le Rassemblement, Calédonie ensemble, le MPC et Tous Calédoniens. Il s'agit de "renforcer la cohésion des partisans du maintien dans la France en défendant une position commune et un même projet, face à de possibles errements." Une déclaration commune attaquée aujourd'hui par les indépendantistes, qui estiment qu'elle s'est faite contre eux, mais aussi par ceux qui s'en sentent exclus et qui réclament une union sacrée de tous les loyalistes.
L'Union, tout le monde la veut mais, au-delà des mots, ceux qui ont joué hier la division et la dissidence sont-ils prêts à porter une position commune et un même projet face aux instances parisiennes ou chacun va-t-il continuer à vouloir faire entendre sa différence et sa spécificité ? C'est la seule question qui vaille et à ce titre, la rentrée du Congrès aura valeur d'indicateur.
Un groupe dissident, qui aggraverait l'éparpillement des partisans du maintien dans la France, ajouterait encore à la division et écarterait les possibilités d'union. Sans compter qu'il brouillerait davantage le message envoyé à Paris. Et comme déjà, les nouveaux dirigeants ne comprennent pas grand chose à la situation calédonienne, il n'est peut-être pas utile de leur compliquer la tâche.
Sauf à vraiment les décourager de s'atteler à ce dossier compliqué avec des idées simples.


Chronique de la semaine écoulée du 10 Juillet 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 10 Juillet 2017

"Faire à l'homme, enfin, un pays digne de lui". C'est la vision d'Emmanuel Macron et la conclusion de son long, très long discours, devant le Congrès du Parlement réuni à Versailles. Les uns s'extasieront devant le sens de l'histoire et de la formule du jeune président et salueront sa dimension littéraire. Les autres souriront de son emphase, de ses amphigouris et de sa propension à aligner les phrases creuses.

Mais pour inédit qu'il fut – c'est la première fois que le Chef de l'Etat s'exprimait ainsi, en début de mandat devant la représentation nationale –  l'exercice a montré ses limites. Ses envolées lyriques et sa logorrhée un peu compassée, servies par de piètres talents d'orateurs, n'ont pas vraiment apporté de réponses concrètes aux nombreuses interrogations et on retient surtout, de tout ce fatras, la confirmation d'une réforme des institutions, déjà annoncée, mais qui ne suffira pas à sortir la France de l'ornière dans laquelle elle est enfoncée.

Et puis, il y a eu le discours de politique générale du Premier ministre qui devait tracer le chemin après que le Président ait fixé le cap. On était là dans le concret et dans l'énoncé de mesures même si un flou certain entoure la façon de réduire les dépenses publiques alors qu'Edouard Philippe reconnaît, lui-même, que nous dansons sur un volcan qui gronde de plus en plus fort.

Mais nous, égoïstement, nous avons surtout retenu qu'il avait parlé de la Nouvelle-Calédonie ! Ce n'est pas courant dans un discours de politique générale mais le nouveau pouvoir a réalisé que cette mandature sera celle de l’aboutissement de l'Accord de Nouméa et, à l'évidence, c'est un dossier sensible qui préoccupe au plus haut sommet de l'Etat. Mais – là encore – Edouard Philippe n'est pas allé beaucoup plus loin que ses prédécesseurs et il s'en est tenu à la lettre de l'Accord.

"S'il n'est pas saisi d’ici mai prochain par le Congrès, le gouvernement organisera la consultation pour l'accession à la souveraineté de la Nouvelle-Calédonie au plus tard en novembre 2018", a confirmé le Premier ministre. Jusque-là rien de très nouveau ! Mais il a toutefois rajouté que "L’État jouerait pleinement son rôle d’acteur et de garant de ce processus." Et il en a même pris l'engagement personnel, ce qui donne un peu de consistance au propos.

Revoilà donc un Etat acteur, après le spectateur équidistant de ces dernières années, et un Premier ministre qui se dit "honoré de reprendre le flambeau de Michel Rocard et de quelques autres après lui", ce qui laisse espérer une vision plus dynamique que statique du dossier calédonien. Mais il ne reste que 16 mois pour faire bouger les choses.

16 mois au cours desquels il faudra ramener tout le monde autour de la table même si les indépendantistes affirment pour l'instant vouloir discuter directement avec l'Etat du seul sujet de la souveraineté, et reprochent aux partisans du maintien dans la France de ne pas vouloir aborder ce thème.

La souveraineté ! Un sujet sur lequel Emmanuel Macron doit adorer disserter lui qui, à Versailles, a évoqué, à propos des relations avec l'Union européenne, "le passé, d’ailleurs idéalisé, de la souveraineté".

La souveraineté, un thème qu'avait longuement développé, aussi, le président du Sénat Gérard Larcher qui conseillait d’appréhender, comme il convient, la notion de souveraineté, en se gardant d'en avoir une conception trop juridique ou trop doctrinale alors qu'il n’existe, dans notre monde aujourd’hui, que des souverainetés partagées.

Bref ! Cela promet des heures de débat passionnant ! Mais si l'urgence, finalement, c'était plus simplement – mais en terme macroniens – de faire aux calédoniens, enfin, un territoire digne d'eux.


Chronique de la semaine écoulée du 03 Juillet 2017

  • Télécharger le podcast
 

Lire la chronique

 Chronique du 06 juin 2017


Nos deux députés sont donc des "constructifs".
Un peu malgré eux, et à l'insu de leur plein gré, les voilà donc embrigadés chez les macron-compatibles, par la grâce de leur appartenance à l'UDI. Pas sûr que cela corresponde à la volonté de leurs électeurs mais la politique nationale a ses raisons auxquelles il est parfois difficile d'échapper.
Clin d'œil de l'actualité ! Ils se retrouvent chez les "philippistes", une appellation qui – quoi qu'on en dise – ne se réfère pas à leur prénom – l'influence du parti des Philippe ne dépasse pas encore le lagon… mais au patronyme du Premier ministre. 
Ils siègent donc dans le groupe des "Républicains constructifs, UDI et indépendants", ceux qui sont censés voter la confiance à Edouard Philippe et être une force d'appoint à l'hyper majorité présidentielle, tout en prétendant être dans l'opposition.

C'est par ce tour de passe-passe que le premier d'entre eux, Thierry Solère a réussi – au mépris de tous les usages – à se faire élire questeur de l'Assemblée nationale, provoquant un véritable psychodrame et une bataille de postes à l'ancienne, bien loin du renouveau des pratiques politiques que nous faisait miroiter le nouveau pouvoir. 
Le charme de cette situation, c'est qu'elle relativise les batailles picrocholines de notre Congrès. Quoi qu'on fasse, le spectacle ne sera pas pire que celui que vient de nous offrir le Palais Bourbon.
Mais à quel spectacle faut-il s'attendre dans quelques jours au boulevard Vauban ? Là est la question ! Et si la déclaration commune, signée entre les deux tours par le Rassemblement, Calédonie ensemble, le MPC et Tous Calédoniens, apporte quelques réponses, elle ne résout pas tout. La donne est connue et les scénarios aussi. Avec 29 élus partisans du maintien dans la France et 25 élus indépendantistes, les jeux sont faits ! Sauf quand – dans un souci d'ouverture et de partage des responsabilités – les non indépendantistes ont favorisé l'élection à la présidence d'un indépendantiste, en l'occurrence de Roch Wamytan.
Mais à l'approche de 2018, cette attitude ne semble plus d'actualité. La grande question qui agite le microcosme c'est de savoir comment siègeront, dans l'hémicycle, les partisans du maintien dans la France. Un seul groupe, ça semble difficile. La déclaration commune fait clairement allusion aux divergences qui opposent les signataires dans les domaines économiques et fiscaux et même s'ils s'engagent "à les résoudre en travaillant ensemble à l’évolution de la politique actuelle afin de redonner confiance aux acteurs économiques", on voit mal comment ils pourraient d'un coup de baguette magique gommer leurs différences d'analyse et parler d'une même voix sur ces sujets hautement polémiques.

Mais ceux qui ne sont pas signataires de la déclaration commune vont-ils réussir à constituer leur propre groupe en réunissant six élus ? C'est l'une des interrogations. Cela leur permettrait de prétendre à une représentation au bureau et de présenter une liste pour la constitution du gouvernement, rendant d'autant plus complexe l'élection de son président. Et l'on se souvient qu'il y a deux ans, ce sont les indépendantistes qui ont été amenés à jouer les arbitres pour débloquer une situation devenue inextricable.
A 18 mois de la consultation de sortie, et face aux incertitudes d'un nouveau pouvoir, la Nouvelle-Calédonie n'a sans doute plus les moyens de se payer le luxe d'une crise institutionnelle.
Et si le mot n'était pas un peu galvaudé aujourd'hui, on appellerait bien tous les élus à être constructifs… Mais pas au sens philippiste du terme.

 

 


Chronique de la semaine écoulée du 06 juin 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

 

                                                                                                                                                Chronique du 06 juin 2017

"Fake news".
L'expression a fait son entrée dans la campagne législative calédonienne par la grâce d'Alain Christnacht qui tenait à répondre aux attaques d'Harold Martin à son égard.
Attaques obsessionnelles diront certains qui s'étonnent de voir le candidat de la droite républicaine avoir, pour seul message, la dénonciation de l'indépendance association préparée dans le dos des calédoniens. Et pour faire bonne mesure, le maire de Païta scénarise sa campagne en déclinant dans un petit livret ce plan machiavélique qu'il attribue à Alain Christnacht et ses inféodés.
La surprise, dans l'histoire, c'est que l'ancien haut-commissaire, spécialiste émérite de la Nouvelle-Calédonie, expert es avenir institutionnel, ait cru bon d'intervenir pour répondre aux accusations du candidat Martin. Au risque de lui donner du crédit relèveront certains ou, en tout cas, de lui faire une certaine publicité.
Pour le conseiller d'Etat, ce plan secret qui lui est prêté, n'est qu'une "fake news", ce que l'on appelait autrefois, intox ou désinformation.
Mais il en faudra plus, sans doute, pour dissuader Harold Martin de faire campagne sur ce thème. D'autant plus que le slogan qu'il utilise a permis – il y a seulement cinq ans – la victoire aux législatives de celui qui est, aujourd'hui, son principal adversaire dans la seconde circonscription. Et avec le recul, tout le monde a bien compris qu'à l'époque, aussi, c'était une "fake news" !

Voilà, au moins, qui met un peu d'animation dans une campagne fort policée qui peine à susciter l'enthousiasme. 
Et Alain Descombels s'y est mis, lui aussi – en matière d'animation – en sortant un dossier sulfureux sur la gestion de la Maison de la Nouvelle-Calédonie. Il y pointe du doigt un certain nombre d'éléments et d'agissements qui, pour être légaux, ne sont pas forcément moraux. Le parquet financier parisien aurait été saisi de l'affaire et l'on ne s'étonnera pas sur le calendrier. Il est désormais de bonne guerre de sortir les dossiers en pleine campagne électorale. Les personnes visées pourront, là aussi, sans doute, parler de "fake news". 

Mais en plus de nos deux députés calédoniens, il y en a aussi 575 autres à désigner à l'échelon national et il ne faut pas perdre de vue que c'est la majorité qu'ils constitueront, qui aura un droit de regard sur la sortie de l'Accord de Nouméa sur laquelle s'écharpent nos candidats à nous.
Une majorité que l'on dit promise à notre jeune et sémillant président de la République, même s'il feint de s'en désintéresser, tout occupé qu'il est à parader sur la scène internationale. Une telle majorité aurait, à coup sûr, de quoi inquiéter. Notamment parce qu'elle serait constituée d'élus qui – en raison de la structure très particulière du mouvement En Marche ! – auraient été désignés par l'exécutif auquel ils seraient dès lors tout dévoués.
A moins que l'affaire Ferrand ne viennent perturber ces plans en jetant le doute sur la moralité de la nouvelle équipe au pouvoir. Mais on parle de moins en moins de la situation du ministre de la cohésion des territoires, qui est maintenu au gouvernement même s'il est soupçonné de favoritisme lorsqu'il dirigeait les Mutuelles de Bretagne.
Bénéficie-t-il d'une protection particulière parce qu'il est le secrétaire général du mouvement En Marche, et qu'il fut le bras droit d'Emmanuel Macron pendant la campagne ?
Protection peut-être, mais personne n'a encore osé dire que cette affaire était une fake news.
 



Chronique de la semaine écoulée du 29 Mai 2017

  • Télécharger le podcast
 

Lire la chronique

Chronique du 29 Mai 2017

Vous avez dit campagne pour les législatives ?
On a, pour l'instant, l'impression d'être face à 21 prétendants qui font chacun la course dans leur couloir sans se soucier des autres. Sans se parler, sans s'interpeller, sans se répondre. A de très rares exceptions près.
Pas d'insultes, pas de polémique, pas de boules puantes… Ils déclinent tous leur programme et leurs propositions, sagement, studieusement, raisonnablement, comme s'il s'agissait de passer un concours dont les électeurs seraient les examinateurs. 
Les deux députés qui seront élus le 18 juin sont ceux qui participeront à la préparation, à l'organisation et à la mise en œuvre de la consultation de sortie de l'Accord de Nouméa et, naturellement, l'avenir institutionnel est le thème clef de la plupart des programmes. Mais comment s'y retrouver dans les différentes variantes qui nous proposées ?
Et comment arriver à distinguer les unes des autres ?
Mis à part les candidats indépendants, fantaisistes ou anecdotiques qui sont appelés à faire de la figuration dans le scrutin, il nous reste les candidats indépendantistes, qui nous vendent un projet de société un peu fumeux dont ils affirment qu'il ne faut pas avoir peur, et une myriade de candidats partisans du maintien dans la France qui ont chacun, leur vision, leur version, leur proposition pour l'avenir. Et bien malin qui s'y retrouvera !

Voter d'abord et discuter après, ou discuter d'abord et voter après, c'est en gros la ligne de démarcation qui sépare les candidats mais pas sûr que cela permette un choix décisif de la part des électeurs, même si les uns ont une tonalité plutôt guerrière et les autres une volonté plutôt apaisée.
D'autant que les frontières sont floues, évolutives. Certains qui allumaient le feu, il y a 5 ans, se prétendent aujourd'hui chefs de paix, d'autres qui prônaient la négociation, à l'époque, préfèrent désormais la brutalité d'un référendum binaire, d'autres encore qui ont toujours rejeté l'Accord de Nouméa en réclament aujourd'hui l'application pleine et entière. Difficile dans ces conditions de faire des choix.

Et ce ne sont pas non plus les autres thèmes de cette campagne qui permettront de faire la différence. La sécurité ? Ils veulent tous le rétablissement de l'ordre public et lutter contre la délinquance, en sachant pertinemment que c'est l'Etat qui détient la solution.
L'économie ? Ils ont, certes, des approches légèrement différentes mais ils prônent tous globalement, avec une crédibilité plus ou moins grande, la création d'emplois et l'allègement de la pression fiscale.Et nous voilà bien avancé au moment du choix !
Mais que d'efforts, de réflexions, de brochures, d'affiches dépensées pour pas grand-chose. Dans les conditions actuelles, c'est sur la personnalité que se fera la décision.
Lequel inspire le plus confiance ? Qui a été le plus constant dans ses prises de positions ? Lequel pourra être un interlocuteur face à l'Etat ? Qui pourra compter sur un groupe politique ? Et quelle sera l'attitude des uns et des autres face au nouveau pouvoir d'Emmanuel Macron ?
Plus que des programmes, des projets et des méthodes, c'est le comportement, la capacité à faire face, l'aptitude à parler au nom des calédoniens dans la période qui nous sépare de novembre 2018, qui désignera les champions. Et c'est ce que nous attendons qu'ils nous montrent dans cette campagne qui – à deux semaines de l'échéance – ne semble pas encore avoir véritablement commencé.
Et aussi, qu'ils sortent un peu de leur couloir…



Chronique de la semaine écoulée du 22 Mai 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 22 Mai 2017

En Calédonie, on ne marche pas !
Non seulement le nouveau Président de la République dispose de peu de soutien localement et n'a obtenu que des scores, pour le moins médiocres, au premier et au second tour de la présidentielle, mais en plus, sur les 21 candidats qui se bousculent aux législatives, il n'y a même pas de représentant de la République En Marche.
Et pourtant, ils avaient été plusieurs à adresser leur candidature par Internet mais, pour des raisons que nous ignorons, aucune n'a été retenue. Et l'on se perd en conjectures.
Est-ce que vraiment aucun des calédoniens qui avaient postulé ne répondait aux critères draconiens fixés par En Marche ?
Ou est-ce que le parti présidentiel a préféré s'abstenir en mesurant le peu de chance de voir l'un de ses poulains, élu par les calédoniens ?
A moins que le nouveau chef de l'Etat n'ait voulu jouer la prudence et adopter la neutralité institutionnelle dont parlait, au mois de mars, son coordinateur pour l'outremer, Max Dubois.
A l'époque, il nous avait expliqué doctement qu'Emmanuel Macron n'était ni pour, ni contre l'indépendance parce que le Président de la République devrait garder son impartialité présidentielle dans la perspective de la consultation de sortie. S'il avait, ici, choisi des candidats, cela aurait pu donner une orientation sur ses préférences et ruiner du même coup la savante équidistance qu'il tente de maintenir.

Sur la Calédonie, comme sur beaucoup d'autres sujets, on ne sait pas quelle est la position du Président de la République et ce ne sont pas les déclarations de la nouvelle ministre des outremers qui peut nous éclairer.
Interrogée sur la consultation de sortie de l'Accord de Nouméa, Annick Girardin a déclaré que la France resterait "aux côtés de la Nouvelle-Calédonie, peu importe la décision qui sera prise". 
Peu importe ! L'expression a le mérite de la franchise et, en clair, il importe peu aux nouveaux dirigeants que les calédoniens choisissent l'indépendance ou le maintien dans la France. Ils n'en ont rien à faire. Ce n'est pas leur problème !
Mais cette prise de position ne surprend pas, tant elle est à l'aune des déclarations floues et ambigües d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle.
Il avait, certes, réussi à convaincre certains, qu'il était partisan du maintien dans la France en affirmant qu'il souhaitait "que la Nouvelle-Calédonie reste dans la communauté nationale" ou que "la présence de la France était nécessaire pour garantir la paix civile et le développement de la Nouvelle-Calédonie". Mais ces formulations étaient suffisamment floues et ambiguës pour ne convaincre que ceux qui voulaient bien l'être. Elles peuvent d'ailleurs, s'appliquer tout autant à une indépendance-association, ou à des accords de partenariat, qu'à un maintien de la Calédonie dans la France.
Comme si – pour reprendre son expression fétiche – le Président de la République était en même temps, pour la France et pour l'indépendance.Les indépendantistes, d'ailleurs, ne s'y sont pas trompés qui ont rompu leur vœu d'abstention pour lui apporter leurs suffrages.

Et même s'il n'y a pas de candidats de la majorité présidentielle sur le territoire, les législatives sont une nouvelle occasion, pour les électeurs calédoniens, de rappeler que malgré le concert quasi unanime de louanges qui accompagne le nouveau pouvoir, eux, ils ne marchent pas.



Chronique de la semaine écoulée du 15 Mai 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique



Chronique du 15 Mai 2017

Qu'on l'ait voulu ou non, qu'on l'aime ou pas, qu'on ait voté pour lui ou pour un autre ou même pour personne, Emmanuel Macron est désormais le président de la République.
Cela s'impose à tous. Dont acte. 

Mais l'on n'est pas, en plus, obligé de succomber à l'adulation générale, à l'unanimisme, ni de célébrer sans mesure son accession au pouvoir comme de nombreux commentateurs semblent tentés de faire.
On laissera à d'autres le dithyrambe, les éloges et les louanges.
Des vocations de courtisans se sont révélées ces derniers mois et ces derniers jours, et il y en a suffisamment. 

On ne s'étonnera même pas de l'engouement que suscite le nouveau chef de l'Etat tant on a glosé sur sa jeunesse, sur son audace et sur ses multiples talents.
Tant on a créé les conditions de cet enthousiasme général en évoquant ce vent de fraîcheur et de modernité qui viendrait balayer un monde et un ordre anciens.
Deux ans de propagande, des dizaines de couvertures de magazine, des centaines d'interviewes ont préparé le terrain et créé les conditions de cet adoubement. 
Au point de faire oublier que c'est le candidat du système qui vient de s'installer à l'Elysée, que c'est un proche de François Hollande, voire son héritier, qui vient de reprendre le flambeau.
Au point de dissimuler le recyclage des éternels serviteurs de l'ancien régime et de toutes les vieilles gloires socialistes.
Au point de gommer les flous et les ambiguïtés du nouvel impétrant et les incertitudes du quinquennat qui s'ouvre.Espérons seulement que la déception ne soit pas à la hauteur de cette fascination.

Mais force est de constater que les premiers couacs enregistrés à l'occasion de la préparation des législatives ne traduisent pas forcément l'image de renouvellement et de fluidité que le nouveau pouvoir prétend donner. 

La Calédonie, une fois encore, s'est singularisée en ne succombant pas vraiment au charme du nouveau président.
Certes, il est arrivé en tête lors du second tour mais de justesse. Et c'est au vote des indépendantistes qu'Emmanuel Macron doit, chez nous, son score. Appelés à faire barrage à Marine Le Pen, ils se sont mobilisés en négligeant les consignes d'abstention qui leur avaient été données à l'origine.
Mais on relève aussi que le résultat de la présidentielle transcende l'habituel clivage entre les indépendantistes et les partisans du maintien dans la France. Sous l'impulsion, notamment, du leader de Calédonie ensemble, Emmanuel Macron a également bénéficié d'une partie des votes qui, au premier tour, s'étaient portés sur François Fillon. 
Quant à Marine Le Pen, elle a continué à enregistrer, ici, des scores importants. Malgré les tentatives de diabolisation, les calédoniens décomplexés ont donné, dans de nombreuses communes, la majorité à la candidate du Front national. Ce vote – on le sait – n'a pas la même signification qu'en métropole. Il ne traduit pas une adhésion aux idées de la droite extrême, mais il exprime, clairement, ce besoin de France que le nouveau Président de la République incarne sans doute insuffisamment.

Et s'ils veulent éviter les déconvenues, les candidats aux législatives ont tout intérêt à faire preuve de beaucoup de discernement pour décrypter ce message.Et garder à l'esprit que c'est en Nouvelle-Calédonie que le nouveau Président de la République a enregistré son plus mauvais score de premier tour.Il n'y a pas de hasard !

                                           

 


Chronique de la semaine écoulée du 2 Mai 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 2 Mai 2017

Vous vouliez un referendum ?Vous l'avez !
Même si le corps électoral n'est pas celui de la consultation de sortie, même si une partie des indépendantistes n'a pas participé au scrutin et même si l'abstention a été très élevée, le score est sans appel.
En participant au premier tour de l'élection présidentielle, les calédoniens ont clairement exprimé leur choix de rester dans la France.Sur le territoire, ce sont les deux candidats qui se sont engagés, sans réserve et sans ambiguïté, pour le maintien de la Calédonie dans la France qui obtiennent – et de loin – les meilleurs résultats. 31% pour François Fillon, près de 30% pour Marine Le Pen. 

Benoît Hamon, le candidat socialiste, soutenu pourtant par les progressistes, le Palika, le RDO et l'UPM, fait mieux que son score métropolitain mais il n'atteint pas la barre des 10%.Quant à Emmanuel Macron, s'il frôle les 13%, c'est chez nous qu'il obtient son moins bon résultat. 
Alors certes, on a beaucoup glosé, depuis lundi, sur la percée de Marine Le Pen. Et sur la traduction supposée de ce vote.On a même parlé de radicalisation – terme à la mode s'il en est – de la part de l'électorat non indépendantiste.

Il faut raison garder !
A l'évidence, ce succès de Marine Le Pen n'est pas un vote d'adhésion au corpus idéologique du Front national. Ce serait aller un peu vite en besogne que de prétendre que près du tiers des calédoniens rejoint aujourd'hui les idées de la droite extrême.En réalité – et chacun l'a bien compris –  ce vote est l'expression d'une colère, d'un ras le bol, d'une exaspération face à l'insécurité.
L'expression d'une inquiétude réelle face à l'avenir et à ses incertitudes.Une forme de provocation, aussi, dans la façon de clamer ses convictions.
Certains électeurs ont pensé que leur attachement à la France serait plus audible et plus visible s'ils l'exprimaient de façon inédite, hors des sentiers de la droite parlementaire.

Quitte à soutenir une candidate qui s'est toujours opposée à l'Accord de Nouméa. Et clairement, Emmanuel Macron n'a pas été capable de rassurer ou d'apporter des garanties suffisantes quant à sa vision de la Calédonie.
Il y a d'abord sa faute originelle de qualifier la colonisation de "crime contre l'humanité". Il y a ensuite ses atermoiements sur l'avenir quand il affirme aujourd'hui, selon une formule alambiquée, qu'il souhaite que la Nouvelle-Calédonie reste dans la communauté nationale, alors qu'au mois de mars dernier, son représentant pour l'outremer nous disait qu'il n'était ni pour, ni contre l'indépendance.

 C'est dans ce contexte, qu'il nous faut aborder le second tour qui oppose Marine Le Pen à Emmanuel Macron.
Cas de conscience chez les différents responsables politiques et, notamment, chez ceux qui seront confrontés, dans quelques semaines, au troisième tour que constituent les élections législatives.

Faut-il, par opportunisme, soutenir le vainqueur annoncé de la confrontation, celui qui, dès dimanche soir, fêtait sa prochaine installation à l'Elysée ?
Ou faut-il, par opportunisme, prendre des chemins de traverse, braver la police de la pensée et soutenir celle qu'une bonne partie de l'électorat calédonien a plébiscité ?On a assisté, ces derniers jours, à quelques numéros d'équilibrisme que la métropole, d'ailleurs, n'a rien à nous envier.
Faire barrage au Front national en votant Macron ou faire barrage à Macron en votant Le Pen ? Face à ce dilemme cornélien, on peut aussi choisir de ne pas choisir. Repentance coloniale allant jusqu’à accuser la République de Jules Ferry de « crime contre l’humanité »
Certains ne voteront jamais Macron, sans pour autant appeler à voter pour Marine Le Pen.

D'autres voteront Macron mais presque en se bouchant le nez et d'autres encore veulent faire barrage au Front national mais sans soutenir son adversaire.
C'est vrai que, vu de Calédonie aussi, le Je salue Jean-Luc Mélenchon, le seul à ne pas se croire propriétaire des voix qui se sont portées sur lui.
Les autres ont ostensiblement appelé au « sursaut républicain » au moment même où la République se dilue. Où la culture française disparaît. C’est que dans la future coalition, les places seront chères.

Pour la deuxième fois, le candidat du Front national est qualifié pour le second tour. Mais les ressemblances s’arrêtent là.
C’est à une situation entièrement différente que nous avons affaire.En 2002, le succès de Jean-Marie le Pen était survenu par surprise.
Or, aujourd’hui, nous avons eu depuis plusieurs semaines Marine Le Pen installée en tête du classement. Le Front national est arrivé en tête de nombreuses élections depuis 2012. Les électeurs ont voté en sachant cela, et pourtant ils ont divisé leurs choix, preuve que Marine le Pen n’effraie plus, du moins plus autant que son père.

Le changement de discours mais aussi d’attitude du FN y est pour beaucoup.
Ce sont toutes ces raisons qui vident de son sens l’appel à un soi-disant « front républicain ». Car, il faut bien l’admettre, ce discours se trompant de cible ne saurait plus mobiliser quiconque.

On ne voit que trop qu’il ne sert que de couverture au grand banquet de tous ceux qui « vont à la soupe », pour reprendre une expression du Général de Gaulle.



 

 

 

 



 

 

 

 

 

FIL ACTUS

LES PODCASTS RRB