La chronique de la semaine écoulée

NOUAR

Le rendez-vous éditorial de Radio Rythme Bleu.

Sur un ton volontairement satirique, Elizabeth NOUAR décrypte l'actualité politique de la Nouvelle-Calédonie.

Le lundi à 7h00
Rediffusion dans le journal de 11h30 et à 16h15

 

Chronique de la semaine écoulée du 19 Mars 2018

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 19 Mars 2018

Dialogue de sourds à 8 mois de la consultation de sortie de l'Accord de Nouméa.
Elle aura lieu le 4 novembre. On a enfin, réussi à se mettre d'accord sur la date et elle sera validée officiellement par le Congrès aujourd'hui, mais ce n'est tout de même pas une avancée considérable dans la mesure où le choix était limité et pratiquement imposé.
Mais pour le reste, on fait du surplace et il reste à espérer que le comité des signataires, qui aura lieu la semaine prochaine, permettra de débloquer la situation. Mais ce n'est pas gagné même si l'air de Paris est, en général propice aux avancées.
 
Et d'ailleurs, pour revenir sur une idée reçue, ce n'est pas tant le dépaysement, que le contexte et l'organisation qui permettent d'obtenir, en métropole, des résultats que l'on n'a pas ici. A Paris, l'Etat est présent et acteur. Tout le monde a d'ailleurs salué l'implication du Premier ministre, lors du dernier comité des signataires, en novembre dernier, dans le débat sur la composition du corps électoral de sortie. Mais à Nouméa, les partenaires sont face à face, livrés à eux-mêmes, et ils n'arrivent à rien. L'épisode de l'implosion du G10 ou du groupe sur le chemin de l'avenir est là pour le prouver. 
 
On fait donc du surplace et chacun s'indigne vertueusement depuis que le Rassemblement- Les Républicains puis les Républicains calédoniens ont décidé de claquer la porte de cette instance de dialogue. Pierre Frogier, au moins, a été clair ! Il est parti, dit-il, parce que "ce groupe ne sert à rien"
Mais cela n'a pas empêché les uns et les autres de s'indigner."Le dialogue ne doit pas être rompu, ni interrompu" déclare doctement le Premier ministre Edouard Philippe, tandis que les rescapés du groupe de travail, qui ne sont plus que sept "déplorent cette décision unilatérale de rupture du dialogue et affirment que cette instance de dialogue est indispensable." C'est ensuite le Comité des Sages qui s'en mêle. Ce groupe qui réunit 12 personnalités chargées veiller au bon déroulement de la campagne a décidé de devancer l'appel pour s'immiscer dans le débat politique, même s'il s'en défend. Et il invite les différentes parties concernées "à reprendre le chemin du dialogue trop vite interrompu alors qu’il est la seule voie d’apaisement et de construction dans la paix." 
 
Le dialogue comme seule planche de salut. Le dialogue nécessaire et indispensable. Le dialogue condition de la préparation d'un référendum apaisé… La partition aura été chantée sur tous les tons ces derniers jours. Mais un dialogue pour parler de quoi ? Personne n'a la réponse.
S'il s'agit de parler pour parler, c'est un peu dérisoire, à quelques semaines d'une consultation au cours de laquelle les calédoniens devront choisir entre la France et l'indépendance.
Et c'est complètement déconnecté de la réalité alors qu'il faudrait préparer les lendemains d'un referendum que les indépendantistes auront perdu. 
Et pour paraphraser le général De Gaulle, "Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant le dialogue, le dialogue, le dialogue... Mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien".
 

Chronique de la semaine écoulée du 12 Mars 2018

  • Télécharger le podcast
 

Lire la chronique

 Chronique du 12 Mars 2018

"Le dialogue ne peut pas être rompu, ni même interrompu. Il est essentiel."  Le Premier ministre a parlé, après que le G10 – cette instance de discussion qu'il avait voulu – ait volé en éclat.
Le Premier ministre a parlé et – comme souvent en Calédonie – la parole de l'Etat est tenue pour parole d'Evangile, même et surtout par les indépendantistes.
En clair, s'il l'a dit, c'est que c'est vrai et cela signifie que ceux qui ont quitté la table des discussions ont tort.
Pour le reste, la déclaration d'Edouard Philippe est plutôt émolliente et l'on n'y trouve rien de neuf ou de déterminant, si ce n'est qu'il défend l'utilisation de la notion de "peuple calédonien" et qu'il réaffirme le principe de neutralité ou d'équidistance de l'Etat.

Mais ces propos du Premier ministre ne sont que l'une des prises de position qui ont suivi l'implosion du G10, ou "groupe de travail sur le chemin de l'avenir".
Et pour faire bref, ces commentaires sont de trois ordres, ce qui permet de mieux appréhender la donne, à quelques jours maintenant, du comité des signataires.
Il y a ceux qui, comme Edouard Philippe, estiment que le dialogue doit continuer et que c'est une erreur de le rompre, quel que soit le contexte et les enjeux. Ce sont les positions de Calédonie ensemble ou du MPC.
Il y a ceux qui refusent de continuer à discuter dans l'ambiguïté la plus totale, sans savoir dans quel but, ni avec quels objectifs. C'est la position du Rassemblement et des Républicains calédoniens.
Et puis il y a ceux qui estiment que le dialogue doit se poursuivre mais qui en ont une conception un peu particulière.
C'est le FLNKS et son porte-parole, Daniel Goa, qui déclare que "L'accord de Nouméa, c'est pour la souveraineté, pour la souveraineté, ou pour la souveraineté"Voilà qui traduit un choix ouvert et pluraliste ! Et il ajoute qu'il "ne faut pas réintroduire la France, dans le processus, parce que nous sommes dans un processus de décolonisation."

Cette position, c'est désormais celle de plusieurs responsables indépendantistes. Pour eux, l'Accord de Nouméa n'a qu'une issue possible, l'indépendance. Et le referendum ne doit aboutir qu'à ce résultat. Ce qui justifierait que l'on en fasse un, puis deux, puis trois, en espérant sans doute obtenir gain de cause, à l'usure ! Voilà qui rétrécit singulièrement les paramètres du dialogue et limite tout de même les possibilités de discussion. 
Mais on peut comprendre que les indépendantistes durcissent le ton et qu'ils mettent la barre de leurs revendications très haut pour mieux mobiliser leurs troupes. Ce que l'on comprend moins, c'est à quoi peuvent servir, aujourd'hui, des discussions entre indépendantistes et partisans du maintien dans la France.

Ce que l'on a de la peine à appréhender, c'est de quoi peuvent parler des partenaires qui – quoi qu'on en dise – vont redevenir des adversaires le temps de la campagne et de la consultation ? Des lendemains du référendum ? Mais chacun sait que la majorité voudra le maintien dans la France et les indépendantistes ne veulent pas en parler !
C'est à se demander s'il n'y a pas quelque naïveté – voire quelque perversité – à obliger à discuter, sur un socle de valeurs, des gens que tout oppose et qui se préparent à la confrontation d'une campagne électorale pour un référendum binaire.
Que l'on dialogue pour construire un projet de société commun, c'est ce qui a été fait pour Matignon ou pour Nouméa mais la règle du jeu est bien différente dans la perspective d'un referendum binaire où ce sont deux choix de société qui vont s'affronter. On ne sait pas pourquoi, ni dans quel but l'Etat force à la discussion au sein du G10. Peut-être a-t-il seulement trouvé le moyen d'occuper les responsables politiques calédoniens pendant les 8 mois qui nous séparent de la consultation.
Dans ce cas, et contrairement à l'adage, les absents ont sans doute raison.

 

 

Chronique de la semaine écoulée du 05 Mars 2018

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

 

                                                          Chronique du 05 Mars 2018

Le G10 pour les nuls ou petit précis à l'attention de tous ceux qui ont eu du mal à suivre le psychodrame de cette semaine avec l'implosion de ce groupe de travail.
A l'origine, un Premier ministre, Edouard Philippe qui, à la tribune de l'Assemblée nationale avait affirmé qu'il s'engagerait personnellement dans le dossier calédonien mais qui, quelques mois plus tard, ne savait toujours pas par quel bout le prendre, ni comment traduire cet engagement personnel.
En décembre, devant le Congrès, il improvise un peu en proposant – selon ses termes – "une méthode simple et éprouvée, en l'occurrence, un dialogue resserré avec une dizaine de représentants, nominativement désignés, des forces politiques."  Et pour donner un peu de corps à cette proposition, il fixe quatre thèmes de discussion : le bilan de l'Accord, le transfert des compétences, la place de la Calédonie dans le monde et le socle des valeurs.
Mais n'est pas Rocard qui veut !
Personne ne sait vraiment à quoi sert ce groupe de travail dont la constitution est approximative. La première réunion d'ailleurs, qui était consacrée à sa composition a fait émerger les premières tensions. Deux membres de l'UC, deux membres de l'UNI, cinq membres de la plateforme dont deux Calédonie ensemble, deux Rassemblement et un MPC. Ça fait neuf. Il ne restait plus qu'une place pour les Républicains calédoniens et le fauteuil se jouait entre Sonia Backès et Harold Martin.
Finalement, exit Harold Martin, pourtant signataire de l'Accord de Nouméa.
 
La deuxième réunion était consacrée à l'ordre du jour mais elle ne fut guère plus concluante. Pierre Frogier, pourtant membre de droit, se tient à l'écart de ce groupe de travail qui vient un peu tard à son avis, lui qui réclamait depuis 2009 que l'on ouvre des discussions pour trouver une sortie à l'Accord de Nouméa. Très vite, il claque la porte du G10 en affirmant, devant le Sénat qu'il ne tombera pas dans le piège de l’État qui demande de poursuivre le dialogue politique en préparant l’hypothèse d’une Nouvelle-Calédonie dans la France, mais aussi celle d’une Nouvelle-Calédonie indépendante !
Le G10 devient un G9.
 
La troisième réunion eu lieu à Koné mais, en raison des déplacements des uns et des autres, ils n'étaient plus que 5 à y assister et la quatrième réunion, enfin, a eu lieu dimanche dernier pour évoquer – on ne sait pas pourquoi – la date du referendum, mais aussi un improbable préambule à la délibération devant fixer la date de la consultation.
Mais n'est pas Christnacht qui veut !
Ce texte brouillon et confus n'est qu'une pâle copie du préambule de l'Accord mais il en rajoute encore dans la repentance, comme si rien n'avait été réalisé depuis 20 ans et il tient pour acquis le maintien de la Calédonie sur la liste des pays à décoloniser alors que l'une des issues du referendum peut être son retrait de cette liste par l'ONU.
Mais, en plus, ce texte est inutile puisque le Congrès peut fixer la date de la consultation au 4 novembre sans avoir besoin de ce pathos. Circonstance aggravante. Alors que les membres du G10 avaient décidé de la confidentialité de leurs travaux pour éviter les fuites, notamment sur les réseaux sociaux, l'un des membres du groupe a publié le texte en avant-première sur sa page Facebook.
Résultat, face à ce texte qu'il juge inacceptable Thierry Santa annonce son retrait du groupe. Et dans la foulée, Sonia Backès s'en va elle aussi. Le G10 devient un G7 en attendant d'autres possibles défections.
 
Et pourtant, les 7 rescapés se sont réunis vendredi et ils y croient encore. Ils affirment solennellement qu'ils ne préparent pas l'indépendance, ni l'indépendance association, ni un quelconque statut post référendaire. Ils veulent juste créer les conditions d'un scrutin sincère et apaisé.
Apaisé ? Un vœu pieu, sans doute, à quelque mois d'une campagne électorale qui sera une confrontation, forcément un peu brutale, entre indépendantistes et partisans du maintien dans la France et alors que la multiplication des actes de délinquance crée un climat anxiogène.
Mais désormais, on ne parle plus du G10. Il s'appelle – plus joliment et presque poétiquement – "groupe de travail sur le chemin de l'avenir". Mais pas sûr qu'un changement d'intitulé suffise pour sortir de l'ornière.

 

  

Chronique de la semaine écoulée du 26 Février 2018

  • Télécharger le podcast
 

Lire la chronique

Chronique du 26 Février 2018

 

Tout vient à point à qui sait attendre !
Il fallait seulement un peu de patience pour qu'enfin le débat soit lancé, à quelque 8 mois de la consultation référendaire. Et pour qu'enfin des personnalités nationales se décident à exprimer leurs positions alors que, depuis des années, chacun se réfugiait dans la neutralité, l'impartialité ou l'équidistance.
Et curieusement, c'est un ancien Premier ministre socialiste, devenu député apparenté à la République En Marche qui a brisé le tabou. Mardi soir, Manuel Valls s'est lancé – ou s'est lâché – en reconnaissant que, peut-être, il ne l'avait jamais dit ainsi. "Je suis très attaché à ce lien entre la Nouvelle-Calédonie et la France – a-t-il déclaré – et, comme responsable politique français, je souhaite que la Nouvelle-Calédonie reste française".
Et sur le coup, on a senti Manuel Valls soulagé, libéré, comme s'il pouvait enfin avouer quelque chose qu'il n'avait jamais osé dire.
 
Pour faire bonne mesure, il a même ajouté qu'il aurait souhaité, quand il était Premier ministre, que l'on construise un troisième accord. "Ça n'a pas été possible", ajoute-t-il, fataliste, mais on ne peut s'empêcher de penser que, s'il l'avait dit plus tôt, quand il était encore à Matignon, la face de la Nouvelle-Calédonie en aurait peut-être été changée et que l'on ne se débattrait pas, aujourd'hui, dans les affres de la préparation d'un referendum anxiogène. S'il l'avait dit plus tôt, il est clair que, ces dernières années Pierre Frogier, aurait moins eu l'impression de prêcher dans le désert ! 
 
Mais incontestablement, cette prise de position de Manuel Valls, en faveur d'une Nouvelle-Calédonie dans la France a fait bouger les lignes. D'autant plus que, sans surprise, son collègue Christian Jacob, président du groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale, a renchéri sur cet attachement de la Nouvelle-Calédonie à la France, tandis que presqu'au même moment, à la tribune du Sénat, Bruno Retailleau affirmait, au nom de son groupe, qu'il croyait dans une Nouvelle-Calédonie française. 
Ça fait beaucoup d'un seul coup et, naturellement, les indépendantistes jouent les outragés. C'est Louis Mapou qui, au nom de l'UNI déclare que "la mission vient de fendre l'armure en prenant position ouvertement contre l'indépendance". C'est Roch Wamytan, au nom du groupe UC FLNKS et nationaliste, qui estime que "la mission est sortie du cadre et que ces déclarations sont intempestives".
Ils ne pouvaient pas réagir autrement, mais leur colère semble un peu feinte.
Ils savent bien que les parlementaires métropolitains ne peuvent pas rester neutre face à l'échéance référendaire, comme s'il leur était indifférent qu'une partie du territoire nationale puisse faire sécession.
Et, pour le coup, c'est s'ils avaient dit le contraire que cela eut été surprenant et déstabilisant.
Les indépendantistes savent, aussi, que ces prises de position pourront leur servir, plus tard, pour expliquer, justifier ou minimiser leur défaite au referendum.
Ils savent enfin que ces responsables politiques reconnaissent, en même temps, que l'Etat doit rester neutre dans l'organisation et la transparence du référendum et qu'au bout du compte, ce sont les calédoniens qui se prononceront. 
 
Mais au-delà des parlementaires, c'est l'Etat lui-même qui est interpellé. "Le seul dont on ne connait pas le point de vie et qui refuse de s'engager" regrettait récemment Pierre Frogier devant le Sénat.Reprenant son analyse, Bruno Retailleau affirme que l'Etat se doit d'être neutre sur le plan technique et électoral mais qu'il doit, aussi, "être le garant de l'unité, de la souveraineté et de la solidarité entre la métropole et les outremers. Et qu'il doit dire, du fond du cœur, politiquement, son attachement pour la Nouvelle-Calédonie." 
Et Manuel Valls et Christian Jacob pensent, eux aussi, que "le président de la République et le gouvernement devront apporter leur propre éclairage dans les semaines qui viennent". 
 
Ces récentes prises de position ont le mérite de la clarté et de la clarification.
Il faut seulement espérer que le Président de la République ne cède pas au syndrome du "en même temps" sur le dossier calédonien et qu'il ne vienne pas dire, au mois de mai, qu'il est pour la Calédonie dans la France et – en même temps – pour l'indépendance.

Chronique de la semaine écoulée du 19 Février 2018

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 19 Février 2018

Dure semaine pour le haut-commissaire !
Ça a commencé mardi quand, devant le Sénat, Pierre Frogier a rappelé les états de service de Thierry Lataste et, en l'occurrence, ses fonctions de directeur de cabinet de François Hollande. Le sénateur y voit, ironiquement, une preuve de la continuité tranquille de l'Etat, par-delà les alternances.
Et, en l'occurrence, c'est la ministre des outremers, elle-même, ministre de François Hollande pendant 5 ans, qui a volé au secours du haut-commissaire. 
 
Ce fut ensuite une véritable escalade dans les mises en cause entre le Rassemblement qui reproche au haut-Commissaire "de ne pas faire de la lutte contre la délinquance une priorité territoriale absolue, alors que cela s’impose", et les Républicains calédoniens qui lancent une attaque en règle en affirmant que "le haut-commissaire est disqualifié pour assurer la sécurité des Calédoniens".
Trop c'est trop ! Et alors qu'Harold Martin avait affirmé que "le haut-commissaire n'est pas un guerrier", Thierry Lataste passe à l'attaque en signant un communiqué au ton virulent dans lequel il s'interroge sur le "but poursuivi par ceux qui jouent avec la peur" avant d'affirmer que "leurs spéculations, interprétations et approximations ne sont pas dignes d'un pays qui a besoin de sérénité à la veille d'une échéance majeure".       
 
Voilà au moins un point qui fait consensus !
La nécessité d'un climat apaisé et serein avant la consultation référendaire et sans faire dans la polémique excessive, il faut bien reconnaître que l'on est loin du compte ! 
Mais on la prépare techniquement cette échéance majeure avec, notamment, l'examen, par le Sénat, de la modification de la loi organique."L'essentiel n'est pas là !" a déclaré, très fermement, Pierre Frogier dans l'hémicycle feutré du Palais du Luxembourg. L'essentiel, pour lui, c'est la clarté dont ont besoin les calédoniens à quelques mois de cette consultation référendaire alors que "l’ambiguïté – dit-il – est partout dans la manière dont l’État aborde cette consultation." 
Et le sénateur calédonien somme l'Etat de répondre à deux questions : Prépare-t-il, en même temps, les scénarios d'une Calédonie dans la France et d'une Calédonie indépendante ? Et il prévient le gouvernement que s’il s’agit, aussi, de préparer l’hypothèse d’une indépendance, ou d’une indépendance-association, il le combattra résolument.
Et la question qui va être posée lors de la consultation sera-t-elle claire, ou ambigüe et alambiquée ? Et Pierre Frogier affirme que la seule question qui vaille c'est de demander aux Calédoniens s’ils souhaitent ou non le maintien dans la France. 
La virulence de ton a surpris mais cette intervention marque clairement une étape dans la stratégie du président du Rassemblement.Personne ne pourra lui reprocher de ne pas avoir cherché, inlassablement, une solution alternative à ce referendum binaire et brutal que les indépendantistes perdront. Mais personne n'en a voulu et Pierre Frogier constate qu'à huit mois de la consultation, l'heure n'est plus à la négociation mais à la confrontation de la campagne.
Puisqu'il faut y aller, allons-y franchement. Faisons-en sorte que le "oui" à la France l'emporte le plus largement possible. Et personne ne pourra se plaindre du résultat. C'est la position qu'il adopte aujourd'hui.
Et l'Etat ne peut pas faire comme s'il n'avait rien vu venir.


 

 

Chronique de la semaine écoulée du 12 Février 2018

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 12 février 2018

Histoire de calendrier alors que la rentrée approche à grand pas.
Une rentrée différée pour la classe politique pour cause – certains l'auront répété à plus soif – de blocage du gouvernement qui aura obligé à reporter à la fin janvier l'adoption du budget 2018.
Résultat, les vacances des institutions et des politiques ont été prolongées de quelques semaines et leur rentrée se fera, globalement, en même temps que celle des scolaires. A quelques exceptions près puisque les mouvements indépendantistes ont mis à profit ces dernières semaines pour tenir leurs comités directeurs, assemblées générales ou congrès. 
 
Et finalement, ce n'est pas plus mal d'avoir pris son temps parce qu'après, ça ne va plus s'arrêter jusqu'au mois d'octobre ou de novembre et la consultation référendaire dont la préparation va largement dominer l'année.Le premier acte, ce sera dès cette semaine, mardi et mercredi, quand le Sénat va, le premier, examiner la modification de la loi organique. Il s'agit de traduire l'accord politique sur le corps électoral pour la consultation de sortie qui a été trouvé, début novembre, lors du dernier comité des signataires. Un accord qui doit permettre de rendre incontestable le résultat du scrutin même si le RIN fait encore monter les enchères pour trouver un prétexte à un prévisible boycott du referendum. 
Après le Sénat, c'est l'Assemblée nationale qui se saisira du texte et, entretemps, la Calédonie vivra au rythme des différentes visites. Celle de la mission de l'Assemblée nationale, présidée par Manuel Valls, attendue avant la fin du mois. Celle du Président de la République annoncée pour le mois de mai. Sans oublier, en mars, la réunion du comité des signataires et toutes les réunions des groupes de travail.
On ne pourra pas dire que techniquement cette consultation n'aura pas été préparée.
 
Mais on en revient au calendrier !A 8 mois de cette échéance cruciale on ne sait toujours pas où on va, ni de quoi seront faits les lendemains du scrutin. Pire, on se demande à quoi auront servi les missions d'experts qui se sont succédé ces dernières années, et les recherches de divergences et de convergences qui avaient été lancées.
On ne connait toujours pas la date de la consultation, ni même la formulation de la question. Elle devra être binaire, sans ambiguïté et compréhensible nous a dit le Premier ministre mais nous voilà bien avancés ! D'autant qu'une sourde crainte commence à animer une partie de la population, les conséquences pour la Nouvelle-Calédonie, du "en même temps" prôné par l'exécutif et singulièrement, par Emmanuel Macron.
Et si, au bout du bout, la volonté était de trouver une issue qui satisfasse, en même temps, les indépendantistes et les partisans du maintien dans la France ? Et si on essayait de nouveau de trouver une solution qui s'apparente à une indépendance qui ne dirait pas son nom ?Et si on tentait de nous embrumer avec ces notions de souveraineté plus ou moins partagée, de nationalisme et de peuple calédonien ?
Et pendant ce temps, l'horloge continue de tourner mais nous n'en sommes plus les maîtres. 
 

 

Chronique de la semaine écoulée du 05 Février 2018

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

 

Chronique du 5 Février 2018

C'est la montagne qui accouche d'une souris, ce 36ème congrès du FLNKS qui accouche d'un porte-parole !
Il y a quinze jours, pourtant, le président de l'Union calédonienne avait créé la surprise en relançant la question de la présidence du Front dont on ne parlait plus depuis des années.
Cela avait forcément entraîné des réactions diverses avec d'un côté, l'UC, qui y voyait un élément essentiel de la cohérence du message indépendantiste et, de l'autre, le Palika qui faisait valoir que le FLNKS s'était passé de président depuis 2001 et qu'il ne s'en portait pas plus mal. Le parti de Paul Néaoutyine préférait conserver une instance collégiale dotée d'un porte-parole.

Au bout du congrès, difficile de savoir qui a obtenu gain de cause, alors que le débat sur cette question a duré jusque fort tard samedi soir.
 
Le consensus s'est fait sur un drôle de compromis où le FLNKS n'a toujours pas de président mais où le président de l'UC obtient le porte-parolat. Quant à savoir comment Daniel Goa gèrera ses deux casquettes de président de l'une des composantes du Front et de porte-parole du FLNKS, c'est une autre histoire…
Par exemple, Daniel Goa sera-t-il amené à revendiquer un geste fort de l'Etat comme président de l'Union calédonienne et, en même temps, à expliquer comme porte-parole, que ce geste n'a aucun intérêt et que ce n'est pas une demande du FLNKS ?Daniel Goa président de l'UC, devra-t-il continuer à réclamer l'ouverture du FLNKS à d’autres groupes de pressions, pendant que Daniel Goa, porte-parole du FLNKS, devra expliquer que c'est une mauvaise idée ? 
Cela risque de ne pas simplifier la communication à 8 mois de la consultation de sortie.
D'autant plus qu'il ne faut pas oublier que Daniel Goa déclarait, lui-même, le 20 janvier que l'UC n'avait pas la même vision que ses partenaires du FLNKS sur le degré de sortie ciblé, en rappelant que, pour l'Union calédonienne, "l’enjeu de la sortie, n’est pas une souveraineté pleine et entière, c’est la souveraineté tout court quel qu’en soit le degré." 
Une logorrhée qui rend parfois obscure les véritables objectifs des indépendantistes à quelques mois de la consultation.
 
La mission de Daniel Goa, comme porte-parole unique du FLNKS sera-t-elle de répéter le sempiternel message d'une victoire dès 2018 qui ressemble fort à de l'autosuggestion ou à de la méthode Coué ?
Va-t-il devoir soutenir le moral des troupes en entretenant l'illusion autour d'une consultation que les indépendantistes savent perdue d'avance ?
Dans ce cas, c'est un cadeau empoisonné qui lui a été fait lors de ce 36ème congrès !
C'était le dernier avant la consultation de sortie, et les quatre composantes l'abordaient avec une volonté de clarification et d'union. On peut craindre qu'elles n'aient fait que sauver les apparences mais sans trancher, au fond, aucun des sujets.
Pas même celui du degré de souveraineté auquel elles aspirent.
 

  

Chronique de la semaine écoulée du 29 Janvier 2018

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

                                                  Chronique du 29 Janvier 2018

Ça y est nous y sommes !
Le compte à rebours est lancé pour la consultation de sortie de l'Accord de Nouméa, comme on l'appelle couramment. En réalité, son véritable nom, c'est la consultation sur l'accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie, mais comme plus personne – semble-t-il – ne veut de la pleine souveraineté, donnons-lui un autre nom. 
La consultation de sortie de l'Accord de Nouméa, donc, dont l'organisation, le sens et l'utilité soulèvent, aujourd'hui encore, de multiples interrogations.
Par exemple, à quelque huit mois du scrutin, on n'en connait toujours pas la date. Ce sera le 28 octobre ou le 4 novembre ou, pourquoi pas, à un autre moment… Le Congrès a été invité, par le Premier ministre, à se saisir du sujet mais il ne l'a pas encore fait.
 
On ne connait pas, non plus, la question qui sera posée et c'est plus embarrassant, parce que c'est tout de même un élément fondamental. Mais personne, apparemment n'est encore parvenu à formuler simplement l'équation posée par l'Accord de Nouméa qui indique – de façon un peu alambiquée – que "la consultation portera sur le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité." Chacun convient que c'est trop compliqué et que la question ne peut pas être posée en l'état. Mais, pour l'instant, personne n'a trouvé la formule magique pour résumer tout cela dans la question qui sera soumise aux calédoniens. Le Premier ministre, là encore, a voulu aider en précisant que "la question doit être sans ambiguïté et compréhensible. Qu'elle implique nécessairement un effort de simplification extrême. Et une formulation binaire."  Plus facile à dire qu'à faire, alors que les uns et les autres s'interrogent. Faut-il demander aux calédoniens s'ils sont pour la France et contre l'indépendance, ou l'inverse ?
 
En matière d'organisation, non plus, tout n'est pas réglé et si la création de bureaux de vote décentralisés pour les îliens semble actée, la question de l'encadrement des procurations – élément essentiel pour la sincérité du scrutin – n'est pas encore tranchée.
 
Mais ce sont aussi le sens et la finalité de la consultation qui sont encore un peu flous. A quoi servira un scrutin dont le résultat est connu d'avance et alors que rien n'est encore décidé pour la suite ? Y aura-t-il une deuxième et une troisième consultation alors que l'Accord de Nouméa a été signé pour 20 ans et qu'il est censé prendre fin en 2018 ? Et y a-t-il une vie après l'Accord ? Quelles institutions seront en place ? Le statu quo est-il possible ?
On ne va pas vous mentir ! Personne, pour l'instant, n'a la réponse à ces questions pourtant essentielles. Ou plutôt, chacun a sa réponse mais elles ne concordent pas.
Et dans cette grande incertitude, on reste pantois quand on entend Manuel Valls – qui est attendu dans quelques jours sur le territoire – déclarer tranquillement qu'au fond, il espérait quand il était Premier ministre, qu'il y ait un troisième accord. Que ne l'a-t-il dit plus tôt et précisément quand il était à Matignon. Peut-être aurait-on gagné du temps…
 
Une chose est sûre, 2018 apportera nécessairement des réponses à ces questions angoissantes mais, en attendant, on a l'impression désagréable qu'on ne sait pas où on va, même si on y va franchement !

Chronique de la semaine écoulée du 18 Décembre 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

Chronique du 18 Décembre 2017


Presque rien sur un peu de tout cette semaine alors que l'on rentre dans la période des fêtes de fin d'année qui a tendance à faire passer au second plan toutes les autres préoccupations.
La trêve des confiseurs sera la bienvenue après une année 2017 qui aura mis à rude épreuve un certain nombre de certitudes politiques, en métropole et en Calédonie, et à la veille de 2018, présentée parfois comme une échéance ultime même si, vraisemblablement, la consultation référendaire ne changera pas la face de notre monde mais n'apportera que des confirmations.
 
Mais en cette fin d'année, on parle économie et finances publiques. C'est la saison budgétaire même si elle a pris chez nous quelques retards par la grâce d'un absurde blocage du gouvernement. Et les finances ne vont pas très bien. C'est le constat unanime. Il va falloir continuer à se serrer la ceinture.
C'est le moment sans doute de rappeler le précepte du baron Louis qui affirmait au tournant du 19ème siècle "Faites-nous de bonnes politiques et je vous ferai de bonnes finances". Un précepte que Jacques Lafleur avait repris en son temps. Et il ne se trompait pas dans la hiérarchie en rappelant la prééminence de la politique sur l'économie.
Une vérité que l'on tend à oublier aujourd'hui, alors que les bilans, courbes et statistiques économiques semblent devenu l'alpha et l'oméga de la réflexion politique et que l'on juge de l'efficacité du pouvoir au regard de ses effets sur l'économie davantage que dans les domaines régaliens où s'exerce l'autorité de l'Etat.
Cette remarque vaut aussi pour la Nouvelle-Calédonie où les commentaires sur la situation économique et financière semblent parfois prendre le pas sur les réalités politiques auxquelles nous sommes confrontés.
On m'objectera que les deux sont liés et on aura raison mais tout est question de priorité et de calendrier. A moins de dix mois du referendum, il est illusoire de penser que l'on redressera, comme par magie, les finances publiques et que l'on mettra instantanément en place des politiques publiques capables de redresser la barre, d'assouplir la fiscalité et de redonner confiance aux entrepreneurs.
Faisons de bonnes politiques, préparons de façon apaisée et sereine le referendum, trouvons une solution harmonieuse pour la suite et les lendemains de l'Accord de Nouméa et nous pourrons alors rêver de bonnes finances. 
 
Je voulais aussi vous dire un mot sur la victoire des nationalistes en Corse. Là-bas, ils ne se paient pas de mots. Nationaliste, en Corse, on sait ce que ça veut dire et il y en a chez nous, qui devraient en prendre des leçons au lieu d'entretenir la confusion. 
 
Et puis un mot enfin sur l'affaire Urvoas/Solère. Durant l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle, Jean-Jacques Urvoas – qui était le Garde des Sceaux, de François Hollande – aurait fait parvenir, à Thierry Solère, des renseignements confidentiels sur une enquête pour fraude fiscale le concernant. Lequel Thierry Solère voulait savoir où en étaient ses déboires, parce qu'il aurait été informé d'une possible nomination au poste de ministre de l'Intérieur en cas de victoire d'Emmanuel Macron. Le même Thierry Solère qui vient d'adhérer à la République En Marche après avoir été un élément clef de la recomposition politique  puisqu'il est l’origine des Constructifs, et qu'il a été un déclencheur de la fracture à droite. Il pourrait maintenant être exclu de son nouveau part.
Qui a dit : "La trahison ne réussit jamais parce que quand elle réussit, on lui donne un autre nom" ?

 

Chronique de la semaine écoulée du 11 Décembre 2017

  • Télécharger le podcast


Lire la chronique

         Chronique du 11 Décembre 2017

C'est un petit malin, Edouard Philippe ou un fin stratège !
En quatre jours passés sur le territoire, il a réussi à faire plaisir à tout le monde et, dans son discours devant les élus du Congrès, il est arrivé à placer les éléments de langage de chacun.
Pas si facile qu'il y parait !
Il a parlé à la fois, du grand palabre et des deux drapeaux, de la déclaration commune et du peuple souverain et même du referendum binaire tout en ajoutant qu'on pouvait regretter ou se réjouir de cette formulation binaire.
Un exercice d'équilibrisme qui lui vaut des louanges de part et d'autre. Tout le monde est content et, comme d'habitude, certains n'hésitent pas à récupérer, sans vergogne, les propos du chef du gouvernement comme si c'était eux, et eux seuls, qu'Edouard Philippe avait entendu voire comme s'ils avaient, eux-mêmes, tenu la plume du Premier ministre.
Tout ceci est un peu dérisoire. 
 
Il reste tout de même une évidence, que nul ne contestera, c'est que – pour la première fois depuis longtemps – l'Etat semble décidé à s'impliquer dans le dossier calédonien, à prendre des initiatives et même à proposer une méthode. Celle d'un dialogue resserré qui n'est pas borné dans le temps, avec des points de rendez-vous et des thèmes de travail.
En fait, il reprend globalement la démarche prônée, depuis des années, par Pierre Frogier qui, demande inlassablement à l'Etat de prendre les choses en main, d'inscrire ses pas dans ceux de Michel Rocard, et de retrouver les principes qui ont amené aux accords de Matignon et de Nouméa, de manière à créer les conditions d'un dialogue apaisé et confiant entre les deux légitimités pour préparer, au mieux, l'échéance 2018.
A dix mois de ce rendez-vous crucial, on peut penser que c'est le sentiment de l'urgence qui a inspiré le Premier ministre et peut-être effectivement, est-il encore temps…
 
Mais on se demande, tout de même, à quoi doit servir ce dialogue nourri auquel appelle Edouard Philippe. A occuper le terrain d'ici fin octobre 2018 ? A susciter le compromis et l'esprit de consensus ? A préparer une solution alternative que la plupart des acteurs politiques ont, jusqu'à présent, refusée ?
Ce qui est sûr, c'est que le Premier ministre s'inscrit dans le temps long. Il balaie "le jour d'après" pour évoquer les lendemains de la consultation et même les décennies qui viennent.
L'Etat ouvre donc une phase de dialogue et l'on se retrouve dans la configuration classique des trois partenaires : indépendantistes, partisans du maintien dans la France et Etat. Avec une variante qui était sans doute inévitable : des ultras de part et d'autre. Les indépendantistes avaient les leurs et, avec la création des Républicains calédoniens – parti sans électeur puisqu'il n'existait pas aux dernières élections provinciales – les non indépendantistes vont également avoir leurs extrêmes à gérer.
 
Car il ne faut pas s'y tromper. C'est bien pour essayer de parler d'une seule voix que quatre mouvements, aux histoires et aux références différentes, ont signé une déclaration commune pour une "Calédonie dans la France et dans la paix".
C'est bien pour jouer la carte de l'union – malgré leurs différences, voire leurs divergences – que les partisans du maintien dans la France ont constitué ce que l'on appelle désormais la plateforme.
Le nouveau parti se discrédite complètement en prétendant, haut et fort, au prix des habituelles caricatures, qu'il est le seul à défendre la Calédonie dans la France. 
Mais ce n'est pas la première fois que certains de ses membres fondateurs jouent contre leur camp...

  

Chronique de la semaine écoulée du 04 Décembre 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

 

Chronique du 4 Décembre 2017

  

 

Chronique de la semaine écoulée du 27 Novembre 2017

  • Télécharger le podcast
 

Lire la chronique

Chronique du 27 Novembre 2017

 

Les mots ont un sens et il faut en user prudemment, surtout en ces périodes d'incertitude sur l'avenir institutionnel. Ce n'est qu'en discutant sur des termes précis que l'on peut trouver un accord sans ambiguïté.
La longue séance du Congrès sur l'avis de modification de la loi organique pour la constitution de la liste spéciale référendaire est là, s'il en était besoin, pour en apporter la preuve.
Et si, parfois, on a eu l'impression que certains coupaient les cheveux en quatre, c'est au prix de l'exactitude des mots que l'unanimité a été trouvée. 
 
Les mots ont un poids et ce n'est sûrement pas le moment de le négliger comme le prouve, ces jours-ci, la querelle sous-jacente sur la souveraineté.La souveraineté, mot clef des prochains mois alors que la fameuse loi organique qu'il s'agit de modifier est relative – précisément – à "l'organisation de la consultation sur l'accession à la pleine souveraineté".
Une pleine souveraineté qui a de moins en moins de partisans, puisque plusieurs indépendantistes affirment, aujourd'hui, que leur choix est celui d'une souveraineté avec participation, ce que l'on appelle communément l'indépendance association. 
Les indépendantistes qui, depuis des mois, reprochent à leurs partenaires, de ne pas vouloir parler de la souveraineté et lors du colloque de l'UNC, c'est Pierre Frogier qui a repris la balle au bond en déclarant qu'il fallait en parler et qu'il fallait lever ce tabou."Entre partenaires de l'Accord de Nouméa, nous devons pouvoir parler de tout !" a-t-il déclaré, en rappelant les propos du président du Sénat, Gérard Larcher, qui devant le Congrès, recommandait d’appréhender comme il convient cette notion de souveraineté, parce que – disait-il – il n’existe, dans notre monde, aujourd’hui, que des souverainetés partagées.
 
Et voilà qui complique encore un peu la donne !
Nous sommes contraints de raisonner sur un oxymore puisque – en théorie – la souveraineté ne se partage pas !
En cette période cruciale, il ne sert à rien de crisper ou de provoquer au risque d'être improductif et Philippe Gomès doit, peut-être, y prendre garde quand il se prononce pour une souveraineté calédonienne au sein de la République. D'autant plus que – sans tomber dans la pédanterie – l'affirmation selon laquelle "le peuple calédonien est souverain parce qu'il a le droit à l'autodétermination", tient plutôt du sophisme que du raisonnement rigoureux.
 
Et d'abord, qu'est-ce que ce peuple calédonien dont on nous rebat les oreilles ?  L'expression est loin de faire l'unanimité, et l'on peut rappeler que la notion de "peuple corse, composante du peuple français", a été retoquée, en 1991, par le Conseil Constitutionnel. Il l'a jugée contraire à la Constitution qui ne connaît que le peuple français sans distinction d'origine, de race ou de religion.
L'accord de Nouméa ne parle d'ailleurs pas de "peuple calédonien", même s'il reconnaît une citoyenneté calédonienne, mais il invite à "constituer une communauté humaine affirmant son destin commun".
 
Autant dire que, dans les mois qui viennent, il va falloir discuter, négocier, palabrer, mais sans heurter et sans jamais perdre de vue l'essentiel.
C'est dire s'il va nous falloir faire preuve d'imagination, d'audace, mais aussi, paradoxalement, de prudence… parce que, justement, les mots ont un sens.
 

 

Chronique de la semaine écoulée du 20 Novembre 2017

  • Télécharger le podcast

Lire la chronique

                                           

Chronique du 20 Novembre 2017

 
Quel avenir institutionnel pour la Nouvelle-Calédonie ?
Pendant deux jours, on a réfléchi sur les scénarios du futur et sur la façon dont le territoire pourrait s'organiser après le référendum de novembre 2018. Rien de conclusif dans ce colloque de l'UNC, mais il s'agissait d'échanger, de débattre, de s'informer, de comparer. Et, globalement, on en est ressorti avec l'idée que, de toute façon, la Calédonie resterait une collectivité "sui generis" et qu'il lui revenait d'inventer elle-même son propre modèle. "N'essayez pas de prendre une boite de chaussures pour y faire entrer l'édredon de la Nouvelle-Calédonie" C'est l'expression imagée employée par l'ancien Garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, qui était venu participer aux débats comme contributeur positif.
On en retient, aussi, la conviction qu'il faut que les acteurs politiques calédoniens se parlent et pas seulement à Paris. Et qu'ils osent parler de tout, en levant tous les tabous. A ce titre, la souveraineté est l'un des thèmes-clefs, l'un des points de blocage sur lequel il faudrait se dire des choses.
Mais encore faut-il avoir des interlocuteurs et c'est là que le bât blesse ! L'absence des représentants de l'UC et de l'UNI a ainsi été très mal ressentie par les participants au colloque qui n'ont pas compris cette politique de la chaise vide.
Et quand les indépendantistes seront prêts à débattre, encore faut-il qu'ils le fassent avec sincérité et sans arrière-pensée. C'est le message transmis par Pierre Frogier qui les a appelés à parler avec leur cœur au lieu de se réfugier dans des postures, des boycotts, ou des propos d'estrade.
Et sur ce plan, on est servi ! Entre les déclarations virulentes du président de l'Union calédonienne qui remet en cause tous les accords, et les menaces de boycott du référendum par le parti travailliste, nous avons notre lot de postures à un an du référendum. Heureusement qu'il reste encore un temps pour que tout cela se décante.
 
En attendant, ça a fait du bien, de prendre un peu de hauteur pendant quelques jours avant de retomber dans les bagarres du quotidien. Entre les règlements de compte au sein du conseil municipal de Nouméa et l'annonce de la création d'un énième parti chez les partisans du maintien dans la France, la Calédonie entonne une fois encore le grand air de la division qui lui a pourtant toujours si mal réussi.
Mais certains n'apprendront jamais !
Sans oublier la persistance de la crise du gouvernement qui n'arrive toujours pas à élire son président. Et l'on a appris que celui qui était à l'origine du blocage, le représentant des Républicains calédoniens, était, par ailleurs, adhérent de le République En Marche.
Pas de chance. En Calédonie nous avons le seul marcheur qui fasse du surplace !

 

 

 

 

 

 

 

 






 

 

 



 

 

 

 

 

 







 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

FIL ACTUS

LES PODCASTS RRB