La chronique de la semaine écoulée

NOUAR

Le rendez-vous éditorial de Radio Rythme Bleu.

Sur un ton volontairement satirique, Elizabeth NOUAR décrypte l'actualité politique de la Nouvelle-Calédonie.

Le lundi à 7h00
Rediffusion dans le journal de 11h30 et à 16h15

 

 

Chronique de la semaine écoulée du 26 Juin 2017

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    Chronique du 06 juin 2017

Il y a les grincheux, qui ont déjà décrété que ça ne marcherait pas parce que toutes les autres tentatives ont échoué.
Il y a les suspicieux, qui pensent que l'objectif était purement électoral et que ce n'est que de la petite politique politicienne.
Il y a les belliqueux, qui affirment que derrière tout cela, il n'y a qu'un vulgaire partage de postes et une histoire de renvois d'ascenseurs.
Et puis il y a ceux qui disent "enfin !". Ceux qui estiment que c'était inéluctable, et que, maintenant, il faut que ça marche, parce que novembre 2018 c'est demain et que personne n'a envie que l'on se fracasse contre un mur.

Autant dire que la signature d'une déclaration commune pour une Nouvelle-Calédonie dans la France et dans la paix, entre Pierre Frogier, Philippe Gomès, Gaël Yanno et Pascal Vittori a alimenté le débat et suscité les réactions et les controverses. 
Ce n'est bien sûr pas un hasard si elle est intervenue entre les deux tours des législatives mais, si ce calendrier accroit les soupçons des uns, il peut aussi conforter les convictions des autres.C'est dès l'entre-deux tours que les responsables des quatre mouvements ont tiré les leçons de leurs divisions. Ils y avaient intérêt, les uns et les autres, mais leur pari risqué a finalement été validé par les électeurs alors qu'il aurait pu en être autrement. 

Cette déclaration commune est née de plusieurs constats et d'abord celui de l'impérieuse nécessité de l'union, dans la perspective de la sortie de l'Accord.Union face à un nouveau pouvoir parisien dont on peine à cerner les contours et les intentions sur le dossier calédoniens. Union face aux indépendantistes avec lesquels il va bien falloir parler. 
L'évidence ensuite, d'un rapprochement entre les partisans du maintien dans la France. Dans la confusion de la campagne, on a tracé une ligne – un peu artificielle – entre les partisans d'une solution négociée et les tenants d'un rapport de force, entre ceux qui voulaient discuter, avant le referendum et ceux qui voulaient discuter après, entre les chefs de guerre et les chefs de paix comme cela a été, un peu, caricaturé.
En revanche, il n'a échappé à personne qu'après l'avoir brutalement combattu, le leader de Calédonie ensemble partage, aujourd'hui, l'analyse développé, depuis des années, par le président du Rassemblement.Sur les dangers d'un referendum binaire, qui risque d'anéantir tout ce qui a été patiemment construit depuis près de trente ans, théorisés depuis 2009 par Pierre Frogier. Sur la proposition d'une citoyenneté calédonienne basée sur l'addition des valeurs mélanésiennes, républicaines et chrétiennes que le patron du Rassemblement a évoqué dès 2013.
Dès lors, à quoi bon faire entendre chacun sa petite musique et apporter chacun sa petite mallette à la table des discussions ?
Il reste des divergences, c'est clair, sur le nickel, sur la politique économique et sociale, mais les quatre signataires ont décidé de consacrer leur énergie à la préparation d’un avenir dans la France au-delà de 2018, plutôt qu'à une lutte fratricide entre non indépendantistes.
Et ça, même les grincheux, les suspicieux et les belliqueux n'ont pas intérêt à les en décourager.
Mais ils ont peut-être intérêt à les rejoindre.
 

 


Chronique de la semaine écoulée du 06 juin 2017

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                                                                                                                                                Chronique du 06 juin 2017

"Fake news".
L'expression a fait son entrée dans la campagne législative calédonienne par la grâce d'Alain Christnacht qui tenait à répondre aux attaques d'Harold Martin à son égard.
Attaques obsessionnelles diront certains qui s'étonnent de voir le candidat de la droite républicaine avoir, pour seul message, la dénonciation de l'indépendance association préparée dans le dos des calédoniens. Et pour faire bonne mesure, le maire de Païta scénarise sa campagne en déclinant dans un petit livret ce plan machiavélique qu'il attribue à Alain Christnacht et ses inféodés.
La surprise, dans l'histoire, c'est que l'ancien haut-commissaire, spécialiste émérite de la Nouvelle-Calédonie, expert es avenir institutionnel, ait cru bon d'intervenir pour répondre aux accusations du candidat Martin. Au risque de lui donner du crédit relèveront certains ou, en tout cas, de lui faire une certaine publicité.
Pour le conseiller d'Etat, ce plan secret qui lui est prêté, n'est qu'une "fake news", ce que l'on appelait autrefois, intox ou désinformation.
Mais il en faudra plus, sans doute, pour dissuader Harold Martin de faire campagne sur ce thème. D'autant plus que le slogan qu'il utilise a permis – il y a seulement cinq ans – la victoire aux législatives de celui qui est, aujourd'hui, son principal adversaire dans la seconde circonscription. Et avec le recul, tout le monde a bien compris qu'à l'époque, aussi, c'était une "fake news" !

Voilà, au moins, qui met un peu d'animation dans une campagne fort policée qui peine à susciter l'enthousiasme. 
Et Alain Descombels s'y est mis, lui aussi – en matière d'animation – en sortant un dossier sulfureux sur la gestion de la Maison de la Nouvelle-Calédonie. Il y pointe du doigt un certain nombre d'éléments et d'agissements qui, pour être légaux, ne sont pas forcément moraux. Le parquet financier parisien aurait été saisi de l'affaire et l'on ne s'étonnera pas sur le calendrier. Il est désormais de bonne guerre de sortir les dossiers en pleine campagne électorale. Les personnes visées pourront, là aussi, sans doute, parler de "fake news". 

Mais en plus de nos deux députés calédoniens, il y en a aussi 575 autres à désigner à l'échelon national et il ne faut pas perdre de vue que c'est la majorité qu'ils constitueront, qui aura un droit de regard sur la sortie de l'Accord de Nouméa sur laquelle s'écharpent nos candidats à nous.
Une majorité que l'on dit promise à notre jeune et sémillant président de la République, même s'il feint de s'en désintéresser, tout occupé qu'il est à parader sur la scène internationale. Une telle majorité aurait, à coup sûr, de quoi inquiéter. Notamment parce qu'elle serait constituée d'élus qui – en raison de la structure très particulière du mouvement En Marche ! – auraient été désignés par l'exécutif auquel ils seraient dès lors tout dévoués.
A moins que l'affaire Ferrand ne viennent perturber ces plans en jetant le doute sur la moralité de la nouvelle équipe au pouvoir. Mais on parle de moins en moins de la situation du ministre de la cohésion des territoires, qui est maintenu au gouvernement même s'il est soupçonné de favoritisme lorsqu'il dirigeait les Mutuelles de Bretagne.
Bénéficie-t-il d'une protection particulière parce qu'il est le secrétaire général du mouvement En Marche, et qu'il fut le bras droit d'Emmanuel Macron pendant la campagne ?
Protection peut-être, mais personne n'a encore osé dire que cette affaire était une fake news.
 



Chronique de la semaine écoulée du 29 Mai 2017

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Chronique du 29 Mai 2017

Vous avez dit campagne pour les législatives ?
On a, pour l'instant, l'impression d'être face à 21 prétendants qui font chacun la course dans leur couloir sans se soucier des autres. Sans se parler, sans s'interpeller, sans se répondre. A de très rares exceptions près.
Pas d'insultes, pas de polémique, pas de boules puantes… Ils déclinent tous leur programme et leurs propositions, sagement, studieusement, raisonnablement, comme s'il s'agissait de passer un concours dont les électeurs seraient les examinateurs. 
Les deux députés qui seront élus le 18 juin sont ceux qui participeront à la préparation, à l'organisation et à la mise en œuvre de la consultation de sortie de l'Accord de Nouméa et, naturellement, l'avenir institutionnel est le thème clef de la plupart des programmes. Mais comment s'y retrouver dans les différentes variantes qui nous proposées ?
Et comment arriver à distinguer les unes des autres ?
Mis à part les candidats indépendants, fantaisistes ou anecdotiques qui sont appelés à faire de la figuration dans le scrutin, il nous reste les candidats indépendantistes, qui nous vendent un projet de société un peu fumeux dont ils affirment qu'il ne faut pas avoir peur, et une myriade de candidats partisans du maintien dans la France qui ont chacun, leur vision, leur version, leur proposition pour l'avenir. Et bien malin qui s'y retrouvera !

Voter d'abord et discuter après, ou discuter d'abord et voter après, c'est en gros la ligne de démarcation qui sépare les candidats mais pas sûr que cela permette un choix décisif de la part des électeurs, même si les uns ont une tonalité plutôt guerrière et les autres une volonté plutôt apaisée.
D'autant que les frontières sont floues, évolutives. Certains qui allumaient le feu, il y a 5 ans, se prétendent aujourd'hui chefs de paix, d'autres qui prônaient la négociation, à l'époque, préfèrent désormais la brutalité d'un référendum binaire, d'autres encore qui ont toujours rejeté l'Accord de Nouméa en réclament aujourd'hui l'application pleine et entière. Difficile dans ces conditions de faire des choix.

Et ce ne sont pas non plus les autres thèmes de cette campagne qui permettront de faire la différence. La sécurité ? Ils veulent tous le rétablissement de l'ordre public et lutter contre la délinquance, en sachant pertinemment que c'est l'Etat qui détient la solution.
L'économie ? Ils ont, certes, des approches légèrement différentes mais ils prônent tous globalement, avec une crédibilité plus ou moins grande, la création d'emplois et l'allègement de la pression fiscale.Et nous voilà bien avancé au moment du choix !
Mais que d'efforts, de réflexions, de brochures, d'affiches dépensées pour pas grand-chose. Dans les conditions actuelles, c'est sur la personnalité que se fera la décision.
Lequel inspire le plus confiance ? Qui a été le plus constant dans ses prises de positions ? Lequel pourra être un interlocuteur face à l'Etat ? Qui pourra compter sur un groupe politique ? Et quelle sera l'attitude des uns et des autres face au nouveau pouvoir d'Emmanuel Macron ?
Plus que des programmes, des projets et des méthodes, c'est le comportement, la capacité à faire face, l'aptitude à parler au nom des calédoniens dans la période qui nous sépare de novembre 2018, qui désignera les champions. Et c'est ce que nous attendons qu'ils nous montrent dans cette campagne qui – à deux semaines de l'échéance – ne semble pas encore avoir véritablement commencé.
Et aussi, qu'ils sortent un peu de leur couloir…



Chronique de la semaine écoulée du 22 Mai 2017

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Chronique du 22 Mai 2017

En Calédonie, on ne marche pas !
Non seulement le nouveau Président de la République dispose de peu de soutien localement et n'a obtenu que des scores, pour le moins médiocres, au premier et au second tour de la présidentielle, mais en plus, sur les 21 candidats qui se bousculent aux législatives, il n'y a même pas de représentant de la République En Marche.
Et pourtant, ils avaient été plusieurs à adresser leur candidature par Internet mais, pour des raisons que nous ignorons, aucune n'a été retenue. Et l'on se perd en conjectures.
Est-ce que vraiment aucun des calédoniens qui avaient postulé ne répondait aux critères draconiens fixés par En Marche ?
Ou est-ce que le parti présidentiel a préféré s'abstenir en mesurant le peu de chance de voir l'un de ses poulains, élu par les calédoniens ?
A moins que le nouveau chef de l'Etat n'ait voulu jouer la prudence et adopter la neutralité institutionnelle dont parlait, au mois de mars, son coordinateur pour l'outremer, Max Dubois.
A l'époque, il nous avait expliqué doctement qu'Emmanuel Macron n'était ni pour, ni contre l'indépendance parce que le Président de la République devrait garder son impartialité présidentielle dans la perspective de la consultation de sortie. S'il avait, ici, choisi des candidats, cela aurait pu donner une orientation sur ses préférences et ruiner du même coup la savante équidistance qu'il tente de maintenir.

Sur la Calédonie, comme sur beaucoup d'autres sujets, on ne sait pas quelle est la position du Président de la République et ce ne sont pas les déclarations de la nouvelle ministre des outremers qui peut nous éclairer.
Interrogée sur la consultation de sortie de l'Accord de Nouméa, Annick Girardin a déclaré que la France resterait "aux côtés de la Nouvelle-Calédonie, peu importe la décision qui sera prise". 
Peu importe ! L'expression a le mérite de la franchise et, en clair, il importe peu aux nouveaux dirigeants que les calédoniens choisissent l'indépendance ou le maintien dans la France. Ils n'en ont rien à faire. Ce n'est pas leur problème !
Mais cette prise de position ne surprend pas, tant elle est à l'aune des déclarations floues et ambigües d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle.
Il avait, certes, réussi à convaincre certains, qu'il était partisan du maintien dans la France en affirmant qu'il souhaitait "que la Nouvelle-Calédonie reste dans la communauté nationale" ou que "la présence de la France était nécessaire pour garantir la paix civile et le développement de la Nouvelle-Calédonie". Mais ces formulations étaient suffisamment floues et ambiguës pour ne convaincre que ceux qui voulaient bien l'être. Elles peuvent d'ailleurs, s'appliquer tout autant à une indépendance-association, ou à des accords de partenariat, qu'à un maintien de la Calédonie dans la France.
Comme si – pour reprendre son expression fétiche – le Président de la République était en même temps, pour la France et pour l'indépendance.Les indépendantistes, d'ailleurs, ne s'y sont pas trompés qui ont rompu leur vœu d'abstention pour lui apporter leurs suffrages.

Et même s'il n'y a pas de candidats de la majorité présidentielle sur le territoire, les législatives sont une nouvelle occasion, pour les électeurs calédoniens, de rappeler que malgré le concert quasi unanime de louanges qui accompagne le nouveau pouvoir, eux, ils ne marchent pas.



Chronique de la semaine écoulée du 15 Mai 2017

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Chronique du 15 Mai 2017

Qu'on l'ait voulu ou non, qu'on l'aime ou pas, qu'on ait voté pour lui ou pour un autre ou même pour personne, Emmanuel Macron est désormais le président de la République.
Cela s'impose à tous. Dont acte. 

Mais l'on n'est pas, en plus, obligé de succomber à l'adulation générale, à l'unanimisme, ni de célébrer sans mesure son accession au pouvoir comme de nombreux commentateurs semblent tentés de faire.
On laissera à d'autres le dithyrambe, les éloges et les louanges.
Des vocations de courtisans se sont révélées ces derniers mois et ces derniers jours, et il y en a suffisamment. 

On ne s'étonnera même pas de l'engouement que suscite le nouveau chef de l'Etat tant on a glosé sur sa jeunesse, sur son audace et sur ses multiples talents.
Tant on a créé les conditions de cet enthousiasme général en évoquant ce vent de fraîcheur et de modernité qui viendrait balayer un monde et un ordre anciens.
Deux ans de propagande, des dizaines de couvertures de magazine, des centaines d'interviewes ont préparé le terrain et créé les conditions de cet adoubement. 
Au point de faire oublier que c'est le candidat du système qui vient de s'installer à l'Elysée, que c'est un proche de François Hollande, voire son héritier, qui vient de reprendre le flambeau.
Au point de dissimuler le recyclage des éternels serviteurs de l'ancien régime et de toutes les vieilles gloires socialistes.
Au point de gommer les flous et les ambiguïtés du nouvel impétrant et les incertitudes du quinquennat qui s'ouvre.Espérons seulement que la déception ne soit pas à la hauteur de cette fascination.

Mais force est de constater que les premiers couacs enregistrés à l'occasion de la préparation des législatives ne traduisent pas forcément l'image de renouvellement et de fluidité que le nouveau pouvoir prétend donner. 

La Calédonie, une fois encore, s'est singularisée en ne succombant pas vraiment au charme du nouveau président.
Certes, il est arrivé en tête lors du second tour mais de justesse. Et c'est au vote des indépendantistes qu'Emmanuel Macron doit, chez nous, son score. Appelés à faire barrage à Marine Le Pen, ils se sont mobilisés en négligeant les consignes d'abstention qui leur avaient été données à l'origine.
Mais on relève aussi que le résultat de la présidentielle transcende l'habituel clivage entre les indépendantistes et les partisans du maintien dans la France. Sous l'impulsion, notamment, du leader de Calédonie ensemble, Emmanuel Macron a également bénéficié d'une partie des votes qui, au premier tour, s'étaient portés sur François Fillon. 
Quant à Marine Le Pen, elle a continué à enregistrer, ici, des scores importants. Malgré les tentatives de diabolisation, les calédoniens décomplexés ont donné, dans de nombreuses communes, la majorité à la candidate du Front national. Ce vote – on le sait – n'a pas la même signification qu'en métropole. Il ne traduit pas une adhésion aux idées de la droite extrême, mais il exprime, clairement, ce besoin de France que le nouveau Président de la République incarne sans doute insuffisamment.

Et s'ils veulent éviter les déconvenues, les candidats aux législatives ont tout intérêt à faire preuve de beaucoup de discernement pour décrypter ce message.Et garder à l'esprit que c'est en Nouvelle-Calédonie que le nouveau Président de la République a enregistré son plus mauvais score de premier tour.Il n'y a pas de hasard !

                                           

 


Chronique de la semaine écoulée du 2 Mai 2017

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Chronique du 2 Mai 2017

Vous vouliez un referendum ?Vous l'avez !
Même si le corps électoral n'est pas celui de la consultation de sortie, même si une partie des indépendantistes n'a pas participé au scrutin et même si l'abstention a été très élevée, le score est sans appel.
En participant au premier tour de l'élection présidentielle, les calédoniens ont clairement exprimé leur choix de rester dans la France.Sur le territoire, ce sont les deux candidats qui se sont engagés, sans réserve et sans ambiguïté, pour le maintien de la Calédonie dans la France qui obtiennent – et de loin – les meilleurs résultats. 31% pour François Fillon, près de 30% pour Marine Le Pen. 

Benoît Hamon, le candidat socialiste, soutenu pourtant par les progressistes, le Palika, le RDO et l'UPM, fait mieux que son score métropolitain mais il n'atteint pas la barre des 10%.Quant à Emmanuel Macron, s'il frôle les 13%, c'est chez nous qu'il obtient son moins bon résultat. 
Alors certes, on a beaucoup glosé, depuis lundi, sur la percée de Marine Le Pen. Et sur la traduction supposée de ce vote.On a même parlé de radicalisation – terme à la mode s'il en est – de la part de l'électorat non indépendantiste.

Il faut raison garder !
A l'évidence, ce succès de Marine Le Pen n'est pas un vote d'adhésion au corpus idéologique du Front national. Ce serait aller un peu vite en besogne que de prétendre que près du tiers des calédoniens rejoint aujourd'hui les idées de la droite extrême.En réalité – et chacun l'a bien compris –  ce vote est l'expression d'une colère, d'un ras le bol, d'une exaspération face à l'insécurité.
L'expression d'une inquiétude réelle face à l'avenir et à ses incertitudes.Une forme de provocation, aussi, dans la façon de clamer ses convictions.
Certains électeurs ont pensé que leur attachement à la France serait plus audible et plus visible s'ils l'exprimaient de façon inédite, hors des sentiers de la droite parlementaire.

Quitte à soutenir une candidate qui s'est toujours opposée à l'Accord de Nouméa. Et clairement, Emmanuel Macron n'a pas été capable de rassurer ou d'apporter des garanties suffisantes quant à sa vision de la Calédonie.
Il y a d'abord sa faute originelle de qualifier la colonisation de "crime contre l'humanité". Il y a ensuite ses atermoiements sur l'avenir quand il affirme aujourd'hui, selon une formule alambiquée, qu'il souhaite que la Nouvelle-Calédonie reste dans la communauté nationale, alors qu'au mois de mars dernier, son représentant pour l'outremer nous disait qu'il n'était ni pour, ni contre l'indépendance.

 C'est dans ce contexte, qu'il nous faut aborder le second tour qui oppose Marine Le Pen à Emmanuel Macron.
Cas de conscience chez les différents responsables politiques et, notamment, chez ceux qui seront confrontés, dans quelques semaines, au troisième tour que constituent les élections législatives.

Faut-il, par opportunisme, soutenir le vainqueur annoncé de la confrontation, celui qui, dès dimanche soir, fêtait sa prochaine installation à l'Elysée ?
Ou faut-il, par opportunisme, prendre des chemins de traverse, braver la police de la pensée et soutenir celle qu'une bonne partie de l'électorat calédonien a plébiscité ?On a assisté, ces derniers jours, à quelques numéros d'équilibrisme que la métropole, d'ailleurs, n'a rien à nous envier.
Faire barrage au Front national en votant Macron ou faire barrage à Macron en votant Le Pen ? Face à ce dilemme cornélien, on peut aussi choisir de ne pas choisir. Repentance coloniale allant jusqu’à accuser la République de Jules Ferry de « crime contre l’humanité »
Certains ne voteront jamais Macron, sans pour autant appeler à voter pour Marine Le Pen.

D'autres voteront Macron mais presque en se bouchant le nez et d'autres encore veulent faire barrage au Front national mais sans soutenir son adversaire.
C'est vrai que, vu de Calédonie aussi, le Je salue Jean-Luc Mélenchon, le seul à ne pas se croire propriétaire des voix qui se sont portées sur lui.
Les autres ont ostensiblement appelé au « sursaut républicain » au moment même où la République se dilue. Où la culture française disparaît. C’est que dans la future coalition, les places seront chères.

Pour la deuxième fois, le candidat du Front national est qualifié pour le second tour. Mais les ressemblances s’arrêtent là.
C’est à une situation entièrement différente que nous avons affaire.En 2002, le succès de Jean-Marie le Pen était survenu par surprise.
Or, aujourd’hui, nous avons eu depuis plusieurs semaines Marine Le Pen installée en tête du classement. Le Front national est arrivé en tête de nombreuses élections depuis 2012. Les électeurs ont voté en sachant cela, et pourtant ils ont divisé leurs choix, preuve que Marine le Pen n’effraie plus, du moins plus autant que son père.

Le changement de discours mais aussi d’attitude du FN y est pour beaucoup.
Ce sont toutes ces raisons qui vident de son sens l’appel à un soi-disant « front républicain ». Car, il faut bien l’admettre, ce discours se trompant de cible ne saurait plus mobiliser quiconque.

On ne voit que trop qu’il ne sert que de couverture au grand banquet de tous ceux qui « vont à la soupe », pour reprendre une expression du Général de Gaulle.



Chronique de la semaine écoulée du 18 Avril 2017

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Chronique du 18 Avril 2017

Dans une semaine nous saurons ! Ou presque !
Dans une semaine, nous connaîtrons les deux finalistes de l'élection présidentielle. 
Mais que la campagne fut longue !
Débutée avec les primaires de la droite, poursuivie avec les primaires de la gauche, pour désigner les champions des deux camps qui furent malmenés comme jamais, au terme d'un mécanisme qui demande encore à faire ses preuves.
Qu'elle fut aussi cruelle cette campagne !
Avec l'élimination de plusieurs têtes d'affiche, avec les affaires des uns et les manipulations des autres, qui nous ont souvent rappelé les plus improbables scénarios de séries télé.
Mais que cette campagne fut décevante !
Avec ses polémiques interminables. Avec ses feuilletons médiatico-judiciaires qui n'ont pratiquement jamais permis de parler du fond et de débattre des vrais sujets.
Elle fut aussi passionnante !
Avec ses retournements de situation, ses rebondissements permanents, ses coups de théâtre, ses débats inédits, comme une dramatique sans cesse renouvelée.
Elle fut également folle, surréaliste, déraisonnable et tellement incertaine !
A 5 jours du premier tour personne – personne – n'est capable de prédire qui va se qualifier pour le round final. 

Bon, sans leur faire injure, on peut sans doute faire l'impasse sur les petits candidats – comme ils détestent qu'on les appelle – les Poutou, Arthaud, Cheminade, Asselineau et Lassalle qui auront apporté, qui du folklore, qui des idées nouvelles, du Frexit à la conquête de Mars, en passant par la transformation de l'Elysée en musée...
On peut sans doute, aussi, sans trop de risque, avancer que Nicolas Dupont Aignan n'arrivera pas à franchir la barre même si, lui, y croit dur comme fer. 
Et on peut également penser que rien ne viendra enrayer l'inexorable tassement de Benoît Hamon, même s'il conserve, en Calédonie, l'indéfectible soutien du Palika, de l'UPM, du RDO et des progressistes. 

Il en reste donc quatre puisque, grâce à ses hologrammes et ses talents de tribun, Jean-Luc Mélenchon a rejoint le peloton de tête.  Il y côtoie Marine Le Pen qui, malgré une campagne en demi-teinte, reste en tête dans toutes les enquêtes d'opinion.Emmanuel Macron, qui vient de nulle part pour aller on ne sait où, mais dont la bulle – malgré toutes les prédictions – ne s'est pas encore dégonflé. François Fillon, revenu de toutes les attaques, de toutes les polémiques et de toutes les trahisons, mais porté par un peuple de droite qui a faim d'alternance. 
Un scénario incroyable dont les derniers épisodes ne sont pas encore écrits, et qui nous réserve peut-être encore bien des surprises, au vu du nombre d'indécis et alors que les électeurs semblent entrés en rébellion contre les sondages.
Mais lundi matin, pour nous, il n'en restera que deux.

Et en allant voter, les calédoniens devront avoir à l'esprit que – même si la plupart des candidats n'en ont pas parlé – la sortie de l'Accord de Nouméa sera l'un des premiers dossiers dont devra se saisir le prochain locataire de l'Elysée.
Et même si la campagne fût longue, cruelle, décevante, passionnante et folle... ça incite tout de même à réfléchir.


Chronique de la semaine écoulée du 10 Avril 2017

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         Chronique du 10 Avril 2017

Guerre ou paix.
C'est un peu l'alternative qui est proposée aux Calédoniens dans la perspective des élections législatives et, curieusement, c'est un thème qui avait déjà alimenté les élections de 2012. Mais certains acteurs jouent, depuis, à front renversé.
"Pour le référendum de 2018, nous avons besoin de chefs de paix" déclare ainsi Philippe Gomès dans une interview aux Nouvelles Calédoniennes. Un ton pacifique que n'a pas toujours eu le député de la seconde circonscription.
Mais, c'est bien connu, seuls les imbéciles ne changent pas d'avis.
Et chacun aura compris aussi que, s'il appelle aujourd'hui, de ses vœux, des chefs de paix, c'est en réponse à Sonia Backès qui écrit, dans le livre qu'elle a publié à l'occasion de la campagne législative, qu'Harold Martin est "le seul chef de guerre dont nous disposons à ce jour." 

Chef de guerre contre chef de paix. Un qualificatif dont se serait bien passé le maire de Païta même si ses propos sont – il est vrai – plutôt combatifs, voire belliqueux, quand il affirme, vendredi, dans Transparence, que les indépendantistes ne sont pas les seuls à connaitre le rapport de force sur le terrain et que s'ils s'agitent on s'agitera aussi. 
Harold Martin qui prend essentiellement pour cible Philippe Gomès et Alain Christnacht, accusés de préparer l'indépendance association.Le refrain a déjà été entendu mais on joue, là encore, à front renversé.
Il y a cinq ans, c'était le leader de Calédonie ensemble qui reprochait à Pierre Frogier de vouloir discuter avec l'UC pour… préparer l'indépendance-association.
A l'époque, c'était Philippe Gomès qui endossait le rôle de chef de guerre en pourfendant les deux drapeaux et en fustigeant tous ceux qui voulaient préparer, par le dialogue, la sortie de l'Accord de Nouméa. 
Bien loin de la sagesse des propos qu'il tient aujourd'hui en affirmant que "le dialogue politique avec les indépendantistes, préalablement au référendum, est indispensable". Et quand il parle de "régression" en évoquant un référendum basique autour du "oui ou non à l’indépendance" ou quand il regrette que l'on organise cette consultation "comme s’il ne s’était rien passé depuis 30 ans", on a l'impression d'entendre les propos que Pierre Frogier tient, depuis des années, quand il condamne "ce référendum brutal qui fera perdre irrémédiablement les précieux acquis de ces 30 dernières années".
Autant dire que cela n'arrangera les affaires ni de l'un de l'autre, ni du député, ni du sénateur que certains vont s'empresser d'accuser de collusion en imaginant on ne sait quels noirs desseins. 

Guerre ou paix, les lignes bougent décidément entre ceux qui prônent le dialogue et ceux qui préfèrent la confrontation. Entre ceux qui privilégient l'apaisement et ceux qui réclament le rapport de force. Et cela va se traduire dans les slogans, les déclarations, les prises de positions des prochaines semaines. 
Guerre ou paix ?
C'est toute l'histoire de la Nouvelle-Calédonie depuis ces trente dernières années.
Elle a, jusqu'à présent – à quelques exceptions près – fait le choix de la réconciliation et de l'avenir apaisé.Et pourtant, comme le disait Clémenceau, il est plus facile de faire la guerre que la paix.                                                                       

 

Chronique de la semaine écoulée du 03 avril 2017

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Chronique du 03 Avril 2017

C'est bien connu, la “La trahison ne réussit jamais, car, lorsqu'elle réussit, on lui donne un autre nom”.
Ce proverbe américain semble juste fait pour la campagne présidentielle à laquelle nous assistons et qui nous donne tous les jours, depuis des mois, le pitoyable spectacle de trahisons dont on ne sait pas encore si elles réussiront et si – au bout du compte – on les appellera autrement.
 Et aucun camp n'y a échappé, comme si c'était devenu la règle du genre.

Il y a tout juste un mois, c'est François Fillon qui assistait, impuissant, à toutes les défections, et qui stigmatisait les désertions assumées, sans honte et sans orgueil, quand il les voyait, les uns après les autres, quitter le navire pris dans la tempête médiatique des affaires. Le discours du Trocadéro et l'absence de plan B, après le renoncement de Juppé, ont mis fin à l'hémorragie. Mais pour combien de temps ? 

Et c'est maintenant Benoît Hamon le candidat de la gauche, le vainqueur – lui aussi – des primaires de son camp, qui est rattrapé par ce vent mauvais et qui voit ses amis se jeter dans les bras du télévangéliste Macron, dont l'insolente ascension est portée par tout ce qui s'apparente à ce que l'on appelle désormais "le système".
Pauvre Benoît Hamon qui n'en revient pas !
Lui, qui avait malmené son gouvernement avec les frondeurs et qui se retrouve frondé à son tour.
Lui, qui croyait que les promesses de la primaire avaient une valeur.
Lui, qui pensait que personne n'oserait renier sa parole.
Il les voit tous rallier, les uns après les autres, le candidat de "En Marche", au mépris de leurs engagements.
La pire des trahisons, pour lui, c'est celle de Manuel Valls qui fait allégeance à Emmanuel Macron, quitte à faire imploser le parti socialiste.Il s'agit peut-être, pour l'ancien Premier ministre réformiste, d'un choix cohérent avec ses idées, mais c'est aussi, incontestablement, une trahison de sa parole. Et elle est d'autant plus pathétique que son soutien a été accueilli, avec condescendance, par un Emmanuel Macron, sûr de lui et dominateur, qui ne l'a remercié que du bout des lèvres en déclarant qu'il voulait des têtes nouvelles.

Le chouchou des médias et des sondages, dont les relations avec François Hollande sont placées sous le signe de l'ambiguïté. Il déclare qu'il ne peut être, à la fois, le traitre et l'héritier mais il pourrait bien être l'un et l'autre, tant il est difficile de savoir si le chef de l'Etat a été victime de la félonie de son protégé ou s'il en a fait son successeur caché et s'il a tout manigancé. 

Et que l'on ne pense pas, un instant, que la Calédonie échappe à ce mouvement. La trahison, on la voit à l'œuvre ici aussi !Faut-il rappeler qu'en 2004, l'Avenir ensemble avait été surnommé "trahir ensemble", par les proches de Jacques Lafleur ? Et faut-il rappeler la liste de ceux qui, depuis des années, passent sans vergogne, d'un parti à l'autre, d'une fidélité à une autre ?
 
“La trahison ne réussit jamais " disent les américains et chez nous, la sagesse populaire dit aussi que "Qui a trahi, trahira !"
 



Chronique de la semaine écoulée du 27 Mars 2017

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Chronique du 27 Mars 2017

On voit des complots partout !
C'est un signe des temps et les théories qui imaginent des groupes occultes agissant dans l'ombre pour orienter la marche du monde ont de beaux jours devant elles, notamment sur Internet.
On voit des complots partout ! Mais il y a complot et complot.
Faut-il, pour autant, qualifier de "complotiste" la dénonciation, par François Fillon, de la machination médiatico-judiciaro-politique qui s'est mise en œuvre pour lui barrer la route à l'Elysée ?
Il y a le calendrier, calqué sur la campagne présidentielle. Il y a ces fuites, savamment orchestrées dans les médias. Il y a ce feuilletonnage ininterrompu, semaine après semaine, jour après jour. Il y cette incroyable célérité du Parquet National Financier et cette rapidité, non moins étonnante, des juges chargés de l’enquête. Il y a cette violation incessante du secret de l'instruction…
Autant d'éléments qui peuvent accréditer la thèse de la manipulation ou, en tout cas, susciter de sérieuses interrogations. A tel point que l'on s'étonne des pudeurs soudaines de tous ceux qui s'indignent, aujourd'hui, des propos de François Fillon sur un éventuel cabinet noir de l'Elysée. 

La thèse du complot que l'on retrouve, aussi, en Calédonie à propos des législatives où l'investiture de Philippe Gomès par Les Républicains et l'UDI a été présentée comme le résultat d'une sombre conspiration, d'un accord secret qui aurait été conclu dans des buts inavouables et inavoués. Soupçonné par certains d'avoir ourdi une véritable conjuration, le sénateur Pierre Frogier a expliqué, ces derniers jours, que cette investiture est trivialement mécanique. Elle n'est pas due, non plus, d'ailleurs, aux mérites du député de la seconde circonscription ou au travail qu'il aurait accompli lors de ce mandat, même si c'est ce qu'il aimerait faire croire.
Cette investiture est, simplement, le résultat de l'accord électoral conclu, au niveau national, par Les Républicains et l'UDI, dans l'espoir de constituer une majorité présidentielle au lendemain de l'élection.
Mais, de nos jours, on voit des complots partout ! 

Harold Martin s'y est mis, lui aussi, pour justifier sa candidature aux législatives dans la seconde circonscription. Il veut faire barrage à Gomès qui – dit-il – prépare l'indépendance association dans le dos des calédoniens.Une thèse du complot sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie que l'on nous avait déjà sortie. Elle a un petit air de déjà vu, de déjà entendu et c'est manifestement un slogan recyclable.
Le savoureux de l'histoire, c'est que le député de la seconde circonscription se retrouve dans la position de l'arroseur arrosé, lui qui avait usé et abusé de la formule, en 2012, pour s'opposer aux candidats du Rassemblement en répétant, tout au long de la campagne, que Pierre Frogier négociait l'indépendance-association dans le dos des calédoniens.   
Comme quoi, à comploteur, comploteur et demi !
La théorie du complot, ça doit se toujours se manier avec beaucoup de précautions...


Chronique de la semaine écoulée du 20 Mars 2017

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Chronique du 20 Mars 2017

L'actualité est parfois facétieuse et nous en avons eu l'illustration cette semaine. A tel point que l'on se demande ce qui est passé par la tête des états-majors des Républicains et de l'UDI quand ils ont accordé l'investiture pour les législatives au député sortant de la seconde circonscription, Philippe Gomès.

Alors, certes, il y a des arguments objectifs qui sont d'ailleurs exposés dans le communiqué officiel signé de Bernard Accoyer."Les deux partis ont validé un accord électoral en vue des élections législatives de 2017. L’union de la droite est totale indique le secrétaire général des Républicains qui ajoute : Il n’y aura qu’un seul candidat de la droite et du centre dans 88% des circonscriptions." Et l'on sait que s'il y a des primaires de premier tour dans 46 circonscriptions cela n'est jamais le cas quand il y a un député sortant, qu'il soit Les Républicains ou UDI.
L'investiture accordée à Philippe Gomès répond donc à des impératifs nationaux qui dépassent le cadre politique local. Fin de l'histoire !

Mais il est clair qu'arrivée en Nouvelle-Calédonie, l'information a une autre saveur. Incongrue, étonnante, cocasse, ahurissante, surréaliste, effarante... Chacun la qualifiera, comme il veut, en fonction de ses convictions et de ses analyses mais voir le leader de Calédonie ensemble estampillé Les Républicains, ne laisse forcément pas indifférent, au vu du paysage politique local.
Seul le Rassemblement prend les choses avec philosophie en relevant qu'il n'y a "aucune raison que la Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique, déroge à un accord national."
Mais, sans surprise, cette investiture provoque une véritable levée de boucliers de la part de tous ceux qui, chez Les Républicains, avaient demandé l'investiture et ne l'ont pas eue. On comprend, d'ailleurs, leur énervement voire leur colère de voir leur principal adversaire paré d'une étiquette qui leur a échappée mais on ne peut pas, non plus, solliciter la commission nationale d'investiture et contester ses décisions quand elles ne vous sont pas favorables. 

Il n'est pas sûr, non plus, que le principal intéressé soit très satisfait de ce qui lui arrive. Philippe Gomès, certes, fait bonne figure et il affirme que ce soutien l'honore mais cette investiture a aussi des allures de cadeau empoisonné. Lui qui a toujours clamé que Calédonie ensemble n'appartient à aucun parti politique national et n'a aucun lien avec aucun d'entre eux, le voilà pris dans les filets d'un accord national qui l'oblige. Et malgré ses dénégations, il se retrouve bel et bien avec un fil à la patte. D'autant plus que l'accord est formel ! Lui qui avait soutenu Alain Juppé pour la primaire. Lui qui, le 5 mars – quand tout le monde quittait le bateau du candidat de la droite et du centre – avait affirmé qu'Alain Juppé devait reprendre le flambeau, le voilà obligé de soutenir François Fillon, sans réserve et dès le premier tour. Un engagement qui l'a amené à adresser, ces derniers jours, son parrainage à François Fillon.

Sans oublier que cet accord peut comporter une clause de réciprocité qui n'a pas échappé à Bernard Deladrière. Le candidat investi par Les Républicains dans la première circonscription, est déjà confronté à deux candidatures dissidentes et il fait valoir que, "dans l'esprit de cet accord électoral national, il serait logique qu'il n’y ait qu’un seul candidat de la droite et du centre dans la première circonscription de la Nouvelle-Calédonie."
Logique, sans doute, mais on a aussi remarqué que ce n'est pas la logique qui, depuis des semaines, préside à cette campagne électorale hors norme.


Chronique de la semaine écoulée du 13 Mars 2017

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 Chronique du 13 Mars 2017

On ne peut plus rien dire !
Et la main tremble en écrivant cette chronique de peur des interprétations qui lui en seront données. La moindre critique passe pour du dénigrement, le moindre reproche pour de la médisance, la plus petite pique est synonyme de bashing. Les responsables politiques sont décidément devenus bien chatouilleux en période de campagne électorale ! 

On ne peut plus rien dire, non plus, dans l'hémicycle du Congrès ! Ou, en tout cas, on ne peut plus échanger des invectives et des insultes. Le président y veille et il a prévenu qu'il ne supporterait pas que le boulevard Vauban devienne le lieu d'échauffourées et de querelles publiques. Thierry Santa ne veut pas que le Congrès se transforme en tribune politique dans la perspective des prochaines élections et il a l'intention d'y mettre bon ordre. Il a prévenu ! Il n'hésitera pas à prendre des sanctions à l'encontre des élus s'ils persistent à s'apostropher violemment depuis leurs bancs comme l'ont fait, jeudi, deux élus qui se sont affrontés verbalement, malgré les rappels à l'ordre du président.
Faut-il répondre à la provocation par la provocation au risque de transformer le débat politique en pugilat ? Telle est la question ! Et on souhaite bon courage au président du Congrès s'il veut canaliser les excès des uns et des autres qui voient, dans la retransmission des séances, une tribune formidable pour l'expression de leurs convictions ou l'affirmation de leur combativité. 

On ne peut plus rien dire sauf… sur Internet où les blogs et réseaux sociaux ne connaissent pas la censure et où l'anonymat permet trop souvent les expressions violentes et malveillantes, les diffamations sans sanctions, les dénonciations et les insultes gratuites. Les réseaux sociaux qui, parfois, servent de défouloir ou d'exutoire avec tous les risques que cela comporte et les emballements que cela peut provoquer. On l'a vu, cette semaine, à l'occasion de ce dramatique accident de moto sur la RP1. 

Il y a vraiment de l'électricité dans l'air à quelques semaines des échéances présidentielle et législatives. Et rien ne dit que les choses vont s'apaiser dans un climat de concurrence exacerbée où l'adversaire se trouve souvent dans le même camp, ce qui complique encore le débat et oblige chacun à la surenchère pour mieux se distinguer de l'autre. Il faut dire qu'encore une fois ces législatives donnent lieu à une sorte de recomposition politique, à une redistribution des cartes. On a assisté, une fois encore, à une fuite en canard d’un camp à l’autre, pour reprendre l'amusante expression de François Fillon évoquant le dégoût que lui inspiraient ces désertions assumées sans honte et sans orgueil. 

L'amusant dans cette histoire c'est que même si je n'ai cité personne, je parie que certains vont encore se sentir visés.
Décidément, on ne peut plus rien dire !