La chronique de la semaine écoulée

La chronique de la semaine écoulée

"Estimez-vous être calédonien ?"
C'est la question existentielle que pose le recensement 2019 de la population.
Une question qui précède, en outre, la litanie du sentiment d'appartenance à une communauté ethnique qui, elle aussi, a fait débat.
On se souvient que Jacques Chirac, quand il était président de la République, avait jugé "proprement scandaleux", que notre recensement comporte des données ethniques.
Et c'est vrai que c'est l'une des exceptions calédoniennes. Du fait de la loi "informatique et liberté", il est interdit, ailleurs en France, de traiter des données à caractère personnel qui relèvent de l'origine raciale ou ethnique.

Mais en Calédonie, on n'a pas de ces pudeurs !
Et il a même été reconnu que, chez nous, le recueil de l’appartenance ethnique des personnes, répond à un motif d’intérêt public.
On peut donc nous demander, en toute légalité, à quelle communauté nous estimons appartenir et l'on nous propose neuf cases à cocher pour Kanak, Européen, Indonésien, Ni-Vanuatu, Tahitien, Vietnamien, Wallisien et Futunien, Autre Asiatique et Autre tout court. Plusieurs réponses sont même possibles pour répondre au souhait des métis qui peuvent cocher plusieurs cases.
Mais il restait le cas de ceux qui ne se retrouvaient dans aucune des catégories proposées et qui étaient traumatisés de devoir cocher la case "autre".
Ceux-là considèrent donc comme une victoire l'apparition, dans le questionnaire du recensement, de l'appellation "Calédonien".

Mais cela soulève d'autres interrogations puisque l'on nous demande si l'on "estime être calédonien" et pas si l'on "est calédonien" ou si l'on "est citoyen calédonien". C'est donc une question de sentiment, de ressenti, et c'est beaucoup plus subtil, parce que cela renvoie à la question "qu'est-ce qu'être calédonien" ?

Et là, vaste problème !

Si on veut faire court, un calédonien, c'est celui qui habite la Nouvelle-Calédonie. Mais ce serait trop simple et à ce compte-là, on serait tous calédoniens.
Mais alors, qu'est-ce qu'être calédonien, étant entendu qu'il n'existe pas de peuple calédonien ?
Le débat fait rage depuis plusieurs années et il a recouvert plusieurs acceptions.

A une époque, ce sont les kanaks de la Grande Terre qui étaient qualifiés de "calédoniens" par opposition à ceux des Loyautés.
Calédonien a ensuite servi à qualifier les européens par rapport aux kanaks.
Et aujourd'hui, on constate que personne ne sait vraiment ce qu'est un calédonien

Faut-il, pour être calédonien, être né en Nouvelle-Calédonie alors qu'être né quelque part, c'est toujours un hasard ?
Faut-il être calédonien "de souche" ? C’est-à-dire calédonien de 5 ou 6 générations, ce qui exclue de fait tous ceux qui sont arrivés ces dernières décennies ?
Faut-il être citoyen calédonien ? C’est-à-dire avoir le droit de vote aux élections provinciales ? Cela exclue, de fait, des dizaines de milliers de personnes qui sont arrivées ces dernières années et qui s'estiment calédoniens.

Et la question se complique encore quand on sait que l'on peut estimer être calédonien, sans pour autant être reconnu comme tel.

Bon, on va relativiser ! On vous demande juste "Estimez-vous être calédonien" et il s'agit juste de cocher une case "oui" ou "non".
Et la réponse est même facultative.
C'est bien la preuve que c'est une question vraiment très compliquée…