La chronique de la semaine écoulée

La chronique de la semaine écoulée

Je débats, tu débats, il débat, nous débattons… C'est la grande mode aujourd'hui.
Le débat est tendance et il atteint nos rivages.
Avec une spécificité, comme d'habitude. Le Grand débat national a été lancé en réponse aux Gilets jaunes.
Nous n'avons pas de Gilets jaunes mais nous aurons le grand débat.
Plusieurs grands débats même, sur des thèmes qui nous concernent plus ou moins : L'introduction ou non d'une dose de proportionnelle, la réduction ou non du nombre de parlementaires, la décision de rendre le vote obligatoire – un paradoxe sur un territoire qui compte 40 000 exclus du droit de vote – la possibilité d'avoir davantage recours au référendum national ou local – presque une provocation dans notre situation –  le tirage au sort de citoyens non élus pour les associer aux décisions publiques ou encore la façon dont s'applique la laïcité.

Certains, ici, auraient préféré que l'on débatte de l'importation des yaourts mais reconnaissez que ce que l'on nous propose a tout de même une autre allure.

Et puis, en tant que français, c'est bien que nous soyons associés à cette grande thérapie nationale mais nous le sommes un peu tard. Nous commençons quand les autres terminent. Et on se demande vraiment ce qu'il adviendra des propositions que nous pourrions formuler, d'autant plus qu'au niveau national non plus, personne n'a idée des suites de cette grande consultation, à laquelle se sont prêtés largement le Président de la République et le Premier ministre, qui en cherchent encore la sortie.

Mais – je vous le disais – le débat c'est tendance et il prend aussi d'autres formes chez nous avec ces tentatives de démocratie participative où les uns et les autres demandent aux calédoniens de co-construire leur programme ou de valider leurs propositions, au travers de conventions ou de sites Internet.

Un peu comme si les politiques doutaient, n'étaient plus sûrs d'eux-mêmes et n'osaient plus imposer des idées ou des orientations. C'est aux électeurs que l'on demande désormais d'élaborer le programme et c'est clairement une traduction de la crise de la représentation.

Mais il y en a qui ne doutent pas ! Ce sont les chefs de file des myriades de petites listes que l'on nous annonce pour les élections provinciales. Pas un jour sans qu'un nouveau parti ne soit créé et fasse connaitre son intention de se soumettre aux suffrages.
On a déjà la CNR, l'ACT, l'Eveil Océanien, le Destin commun, le Mouvement Néo-indépendantiste souverainiste, le Mouvement autrement…
Je n'invente rien ! Et la liste n'est pas exhaustive même si beaucoup de ces prétendants à l'élection devront, sans nul doute, jeter l'éponge avant le dépôt officiel des listes de candidatures pour l'élection du 12 mai. Mais ils veulent tous y aller et ils sont chacun persuadés qu'ils ont quelque chose à dire et à apporter au débat.
Peut-être faut-il y voir une belle vitalité démocratique à moins que ce soit seulement de l'inconscience, à l'aube de la dernière mandature de l'Accord de Nouméa…

Pas de doute non plus pour le Rassemblement national. Il sera présent le 12 mai, c'est certain et il nous a réservé une surprise cette semaine avec une tête de liste que personne n'avait vu venir. C'est le chef d'entreprise Alain Descombels qui conduira sa liste, une personnalité de la société civile donc pour le parti de Marine Le Pen qui veut essayer de faire fructifier son capital électoral local. Le résultat de la présidentielle prouve qu'il existe ici un véritable vivier qui, depuis plusieurs années, n'a pas été capté dans les échéances électorales locales. Le pari, c'est de le transformer en sièges à l'assemblée de la Province sud et au Congrès et il est clair que cela serait un signal, avant le deuxième référendum.

Aurait-il mieux valu que le Rassemblement national rejoigne une liste d'union ou soit accepté par elle ?
Là, pour le coup, c'est un autre débat…