Radio Rythme Bleu
La chronique de la semaine écoulée

22 novembre 2021 à 01:22

Par définition, un accord qui se termine par trois consultations des populations intéressées ne peut pas être prédéterminé.

Les indépendantistes sont "vent debout" contre l'Etat. Il faut bien avoir un adversaire ! Et si, pendant les deux campagnes référendaires précédentes, leurs ennemis étaient les partisans du NON, cette fois-ci – depuis qu'ils ont décidé de ne pas participer – c'est à l'Etat qu'ils réservent toutes leurs flèches. Un Etat coupable, à leurs yeux, d'être sorti de sa neutralité alors qu'en réalité, après avoir fait preuve d'une indulgence coupable à leur égard, pendant des décennies, l'Etat est revenu à une attitude plus conforme à son rôle, et c'est ça que les indépendantistes n'admettent pas.

Conscients d'être incapables de remporter le 3ème référendum, ils ont fait pression, dès le mois de mai dernier, sur la date de la consultation. Et ils pensaient que – comme d'habitude – ils obtiendraient gain de cause. Quand, finalement, l'Etat a fixé au 12 décembre, la date du 3ème référendum, ils ont été un peu désorientés mais – profitant de la crise COVID – ils ont tenté de reprendre la main en se livrant à un chantage à la non-participation si la date n'était pas reportée. Et là encore, ils pensaient que ça marcherait. Résultat, ils sont complètement décontenancés quand ils constatent que cela n'a pas fonctionné et que l'Etat n'a pas cédé.

Ils n'en avaient plus l'habitude ! Depuis le début de l'Accord de Nouméa, ils s'étaient accoutumés à ce que l'Etat – magnanime – leur donne raison et se rende à leurs arguments. Et là, ça coince ! A tel point qu'ils sont obligés de se dévoiler et d'invoquer les vraies raisons qui, pour eux, justifient ce report. Désormais, le Comité stratégique indépendantiste de non-participation ne parle presque plus de crise sanitaire et de deuil kanak – qui étaient censés entrainer la compassion – mais il reproche à l'Etat de s'engager pour le NON. Et il en veut pour preuve, notamment, le fameux document sur les conséquences du OUI et du NON que l'Etat a tant tardé à écrire. En juin, l'UC trouvait que ce document était très bien parce qu'il prouvait qu'il n'y avait pas de "trou noir" si le OUI l'emportait. Aujourd'hui, ce document est à jeter aux oubliettes pour toute la mouvance indépendantiste qui parle d'un contenu à charge contre le OUI et qui déplore que l'Etat n'évoque que le seul cas d'un indépendance sèche ! C'est le drame des indépendantistes. Un double drame même. Ils ne veulent pas de l'indépendance mais ils veulent le pouvoir et ils tiennent à ce que la France reste à leurs côtés avec un partenariat ou une association. Mais ils ne veulent plus – ils le disent eux-mêmes – d'une indépendance sèche. L'autre drame, c'est qu'ils affirment depuis 23 ans – contre toute réalité – que l'Accord de Nouméa conduit inéluctablement à l'indépendance et qu'ils sont mis, aujourd'hui, face à leurs contradictions. Par définition, un accord qui se termine par trois consultations des populations intéressées ne peut pas être prédéterminé.
Et par définition, les populations intéressées, ce n'est pas le peuple kanak mais les électeurs inscrits sur la liste électorale spéciale pour la consultation. Même Matthias Chauchat, pourtant professeur de droit public à l'université, fait semblant de ne pas comprendre. Il faut dire qu'il a enseigné à des générations d'étudiants que l'indépendance était au bout de l'Accord de Nouméa et qu'il est l'un de ceux qui en a convaincu les leaders indépendantistes. On ne voudrait pas être à sa place quand il devra leur expliquer qu'il s'est trompé.