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LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ÉCOULÉE

La chronique de la semaine écoulée

Elizabeth Nouar
11 mai 2026 à 00:48
Au moins, Sébastien Lecornu aura essayé de conjurer la malédiction qui frappe le corps électoral provincial... Et peut-être va-t-il y arriver !

Nouveau rebondissement dans l'interminable feuilleton du corps électoral provincial. 
Un coup de théâtre signé du Premier ministre.
Tout le monde, ou presque, était convaincu que les élections provinciales se dérouleraient le 28 juin avec un corps électoral gelé mais, au dernier moment, lors de l'ultime réunion multilatérale avec les partenaires politiques, Sébastien Lecornu a sorti de son chapeau... les conjoints !

Il propose d'ajuster le corps électoral provincial en intégrant les natifs et les conjoints. 
Donner le droit de vote aux natifs, cela semble une évidence et on se demande encore par quel tortueux cheminement, 11 000 personnes nées en Nouvelle-Calédonie sont privées de ce droit fondamental, même si nous ne sommes plus à une anomalie près..

Mais en proposant l'inscription des conjoints, Sébastien Lecornu brise un tabou. C'est un petit cran vers une ouverture plus large. 

Aussitôt évoquée, cette proposition a d'ailleurs suscité de nombreuses questions sur les critères qui seraient appliqués, certains allant même jusqu'à fantasmer sur une prolifération des mariages blancs dans les quelques semaines qui nous séparent des provinciales. Aux dernières nouvelles, ce sont les conjoints, mariés ou pacsés, justifiant de 5 ans de présence en Nouvelle-Calédonie qui pourraient faire l’objet de cette inscription.

Mais cette proposition audacieuse du Premier ministre ne plait à personne. 
Le FLNKS, qui est contre toute ouverture, s'y oppose naturellement et invoque, de nouveau, le fameux passage en force. 
Les partisans de la France qui veulent un dégel – ou à défaut un corps glissant – trouvent que c'est largement insuffisant et craignent que cette ouverture minimaliste institutionnalise une exclusion durable.
En essayant de ménager les uns et les autres, le Premier ministre a mécontenté tout le monde. Pour paraphraser Jacques Bainville, sa proposition est trop douce pour ce qu'elle a de dur, et trop dure pour ce qu'elle a de doux.

Mais le plus difficile commence, parce qu'au-delà de l'effet d'annonce – et Sébastien Lecornu a confirmé ses propositions lors d'une adresse au calédoniens – il reste la dure réalité du calendrier. Cet ajustement du corps électoral s'apparente à une véritable course contre la montre. 
Il faut d'abord recueillir l'avis du congrès de la Nouvelle-Calédonie, avant que ce projet de loi organique ne passe toutes les étapes parlementaires, Sénat et Assemblée nationale. En espérant qu'une majorité se dégagera, effectivement, en faveur de cet ajustement. Il faudra, enfin, soumettre le texte au Conseil Constitutionnel, en espérant que la haute juridiction ne prenne un malin plaisir à retoquer la proposition du gouvernement. Et tout cela doit être effectué avant le 27 mai, date à laquelle le gouvernement doit prendre le décret de convocation des électeurs pour le scrutin du 28 juin. Sans oublier la phase de révision de la liste électorale spéciale pour y intégrer les conjoints, les natifs devant être inscrits automatiquement. 
Franchement, si on arrive à tenir les délais cela relèvera du prodige !

Mais faut-il pour autant se gausser et parier par avance sur un échec de cette tentative de modification du corps électoral ?
Faut-il espérer – comme le font notamment le sénateur Naturel ou Philippe Gomès – que le Conseil constitutionnel censure cet ajustement du corps électoral pour le seul plaisir de pouvoir déclarer avec gourmandise : "Je vous l'avais bien dit" ?

Ou faut-il, au contraire espérer – après tant de déconvenues – que l'on parviendra à faire bouger un tant soit peu les lignes, à revenir sur ces règles absurdes dont les effets s'accentuent avec le temps, pour aboutir enfin au rétablissement d'un droit en principe imprescriptible ?

Si les mots ont un sens, le gel du corps électoral est une véritable forfaiture et on constate, avec effroi, que ceux qui s'en sont rendus coupables ou complices font tout pour le pérenniser. Au moins, Sébastien Lecornu aura essayé de conjurer la malédiction qui frappe le corps électoral provincial... Et peut-être va-t-il y arriver !

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