
LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ÉCOULÉE
La chronique de la semaine écoulée
C'est vraiment à ne plus rien y comprendre. On peine aujourd'hui à savoir qui est pour Bougival et qui est contre.
A priori, l'UNI est pour. Ses élus et négociateurs défendent même inconditionnellement l'accord signé le 12 juillet et son accord complémentaire Elysée-Oudinot. Mais voilà que son leader historique est contre ! Absolument contre. Il a mis 8 mois à s'en apercevoir ou en tout cas à le faire savoir mais Paul Néaoutyine y est allé franchement pour dire à quel point il est opposé à ces accords qui – à l'en croire – "ferment la porte à la pleine souveraineté."
A priori, Calédonie ensemble est "pour". Le parti est signataire de Bougival et de son accord complémentaire mais voilà que son "leader maximo" est contre !
Philippe Gomès – qui ne devrait plus avoir la voix au chapitre puisqu'il est inéligible – ne se prive pas de dire tout le mal qu'il pense d'un accord qu'il qualifie de "mort-né" et notamment de son accord complémentaire qu'il s'est refusé à signer. Le problème, c'est que Philippe Dunoyer, son fidèle second a, lui, apposé sa signature au bas du document.
A priori, le groupe Les Républicains du Sénat est pour et il a même contribué largement à l'adoption du projet de loi constitutionnelle par la Haute Assemblée. Mais voilà que le sénateur calédonien, Georges Naturel – qui est membre de ce groupe – est très réservé sur Bougival au point qu'il s'est abstenu sur le texte.
Je vous le disais c'est à ne plus rien y comprendre sauf que l'on découvre, jour après jour, que des personnalités rejoignent le front du refus initié par l'UC-FLNKS.
Et cela n'augure rien de bon parce que les parlementaires qui auraient pu être enclins à approuver un accord qui faisait quasiment consensus chez les calédoniens, risquent de trainer les pieds pour approuver la réforme constitutionnelle. On sait que l'étape de l'Assemblée nationale sera très difficile à franchir. Et l'on ne parle même pas de celle du Congrès du Parlement, s'il est réuni à Versailles...
Mais rien n'est encore joué et plusieurs voix s'élèvent pour appeler à l'adoption de la réforme constitutionnelle.
"S'il n'y a plus l'accord de Bougival que restera-t-il ?" Interroge le Premier ministre pour qui, "le statu quo n'est pas une option viable." Sébastien Lecornu qui rappelle, au passage, que "par trois fois les Calédoniens ont dit oui au maintien dans la France."
De la même manière, la ministre des outremer appelle à donner une chance à ces accords parce qu'en Nouvelle-Calédonie – prévient Naïma Moutchou – "l'alternative à un processus politique ouvert n'est jamais l'attente tranquille : c'est l'incertitude".
Et la chef de file des Loyalistes, Sonia Backès s'adresse, elle aussi, aux parlementaires, dans une interview au Figaro, pour leur dire que "les députés qui ne voteront pas l’accord de Bougival donneront raison à ceux qui ont tout cassé lors des émeutes du 13 mai."
Mais cette séquence a, aussi, permis de rétablir une vérité et on ne sait pas si Paul Néaoutyine l'a fait exprès ou si cela lui a échappé. Dans son communiqué d'opposition à Bougival, le président de la Province Nord revendique le gel du corps électoral qu'il a lui-même négocié en 2003 à Koné avec Jacques Chirac.
2003 !!! C'est 5 ans après la signature de l'Accord de Nouméa et son approbation par 72% des calédoniens. En 1998, on le sait – mais ce qui va sans dire, va mieux en le disant – l'Accord de Nouméa instituait un corps électoral glissant sur 10 ans et le gel du corps électoral n'est donc intervenu que bien plus tard. Il a été adopté, en 2007, par le Congrès de Versailles, sans consensus puisque les partisans de la France y étaient fortement opposés. L'aveu est de taille et il prouve bien que l'accord de Nouméa a été dévoyé au profit des indépendantistes. Ce fut le résultat d'un passage en force de l'Etat et c'est aujourd'hui de sa responsabilité de dégeler le corps électoral, ce que tentent les accords de Bougival et Elysée Oudinot.
Si bien que l'on a presque envie de paraphraser Manuel Valls pour dire qu'aujourd'hui, c'est Bougival... ou le chaos !


