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LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ÉCOULÉE

La chronique de la semaine écoulée

Elizabeth Nouar
12 avril 2026 à 21:12
Manuel Valls oublie un peu vite que, s'il avait réussi, on n'en serait pas là et qu'en proposant à Deva la solution d'une indépendance association, à des calédoniens qui avaient dit trois fois "non" à l'indépendance, il a compromis durablement le consensus

L'un des charmes de la Nouvelle-Calédonie c'est que l'on n'y est jamais au bout de ses surprises et que l'imprévisible, l'inattendu voire l'improbable y est toujours possible. 

On en a eu l'illustration cette semaine avec les réunions à géométrie variable organisées par le Premier ministre, simultanément à Paris et à Nouméa, par la grâce de la visioconférence.
Inattendues, ces réunions l'ont été à plus d'un titre. Et d'abord, on se demande qui a formulé les invitations et convié le FLNKS – comme si de rien n'était –  à une réunion destinée aux signataires de Bougival. Certes, la délégation du FLNKS avait signé l'accord du 12 juillet mais elle a retiré ses signatures après avoir été désavouée par sa base "ultra". Cette subtilité n'a pas pu échapper à Matignon, ce qui rendait cette invitation d'autant plus incongrue. Mais le plus surprenant dans l'histoire, c'est que le FLNKS – qui ne veut parler qu'avec l'Etat et qui ne veut parler que de l'accord de Kanaky – a répondu présent. Il est venu, avec son président et avec toutes ses composantes, pour discuter... avec Sébastien Lecornu que les indépendantistes vouent, pourtant, aux gémonies depuis le maintien du 3ème référendum.

Mais, surprise pour surprise, ce sont Les Loyalistes et le Rassemblement – qui rejettent d'habitude la politique de la chaise vide – qui ont refusé, cette fois-ci, de participer à ces réunions et de s'assoir à la même table que ceux "qui sont mis en cause, par la justice, dans l’organisation des violences du 13 mai 2024." 
Une position de refus adoptée également par l'UNI et qui a contraint le Premier ministre à jongler, mardi et vendredi, avec deux fuseaux horaires, deux localisations et des formats variables.

Et l'un des aspects imprévus de cette séquence c'est, aussi, que le Premier ministre a repris le dossier en main, ramenant la Nouvelle-Calédonie à Matignon comme le veut une tradition établie en 1988. 

Mais une fois le cadre posé, on ne sait pas très bien ce qui est ressorti de ces réunions improbables. On y a parlé du corps électoral mais ce n'est pas vraiment inhabituel. Des chiffres ont été révélés pour alimenter le débat et on sait désormais qu'il y a, à peu près 10 000 natifs qui, pour l'instant, ne sont pas inscrits sur la liste électorale spéciale. 6 000 d'entre eux sont de droit commun et 4 000 sont de statut coutumier. 
On sait aussi qu'environ 37 000 personnes sont exclues du corps électoral et qu'environ 5 500 d'entre elles sont présentes, depuis plus de 15 ans, en Nouvelle-Calédonie. Cela permet de relativiser l'impact qu'aurait une éventuelle ouverture du corps électoral. Sur cette base, les participants aux réunions ont évoqué globalement trois hypothèses en vue d'élections provinciales qui se tiendraient avant le 28 juin :  un maintien du gel du corps électoral, une ouverture aux seuls natifs ou une ouverture aux natifs et aux personnes présentes depuis 15 ans, comme le prévoit Bougival. 
Le plus dur – et là ce n'est pas une surprise – c'est d'obtenir un consensus sur l'une ou l'autre hypothèse. La réputation de négociateur de Sébastien Lecornu est en jeu...  

Mais il n'est pas aidé ! Parce que, dans la série des événements improbables et incroyables, il y a l'obstination de Manuel Valls qui continue à se répandre, à longueur de colonnes et de médias, pour donner son opinion et distribuer ses leçons.
L'ancien ministre d'Etat et ministre des outremer n'a pas digéré son éviction du gouvernement et il en veut, à mort, à Emmanuel Macron et à Sébastien Lecornu qu'il fustige à longueur d'interview. C'est oublier un peu vite que, s'il avait réussi, on n'en serait pas là et qu'en proposant à Deva la solution d'une indépendance association, à des calédoniens qui avaient dit trois fois "non" à l'indépendance, il a compromis durablement le consensus comme l'a démontré la suite. Il a essayé de se rattraper avec Bougival mais, là aussi, il a échoué avec le retrait du FLNKS et il avoue aujourd'hui en vouloir, aussi, au FLNKS.  

Le dossier calédonien est dans l'impasse et fait du surplace mais, comme d'habitude, nous ne sommes sans doute pas au bout de nos surprises... 

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