La fréquence aux couleurs de la France
Logo chronique

LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ÉCOULÉE

La chronique de la semaine écoulée

Elizabeth Nouar
14 juin 2026 à 23:28
Les centristes voulaient tous l'union à condition d'être le premier de liste et ils sont dans le déni, en faisant l'impasse sur le résultat des trois référendums.

Le centre devrait être la nouveauté et l'attraction des provinciales 2026. 
Beaucoup d'observateurs pariaient déjà sur l'émergence d'une voie médiane qui viendrait balayer la bipolarisation de la vie politique calédonienne. Une 3ème voie qui renverrait aux oubliettes la sempiternelle division binaire entre indépendantistes et partisans du maintien dans la France. 
Plusieurs commentateurs regardaient même, avec gourmandise, l'apparition de cette alternative modérée aux deux blocs, désormais estampillés "radicaux", et ils étaient nombreux à se féliciter de ce nouveaux choix qui allait remplacer les "extrêmes".
Mais leurs espoirs se sont envolés face à la dure réalité de la guerre des egos. Les centristes voulaient tous l'union à condition d'être le premier de liste.

Le front commun – qui aurait, éventuellement, pu permettre la naissance de cette voie du milieu – a volé en éclat face aux ambitions personnelles rendant impossible toute liste d'union et sur les 11 listes présentes en province Sud, pas moins de 4 se réclament de cette voie centrale. La liste de l'Eveil océanien conduite par Milakulo Tukumuli, la liste NOUS de Philippe Dunoyer, la liste "Une province pour tous" conduite par Walles Kotra, et soutenue par Calédonie ensemble, et la liste "Faire Pays" du mouvement de Laurent Chatenay.
4 listes issue de la société civile et qui tiennent toutes, plus ou moins, le même discours. 4 listes qui veulent dépasser les clivages et gouverner autrement. Le problème, avec plusieurs de ces listes centristes, c'est qu'elles diffusent un langage mortifère rendu plus dangereux encore par la multiplication des émetteurs. 

Cette petite musique de fond c'est que l'indépendance est inéluctable et qu'il faut la préparer. On l'entend dans les déclarations de Robert Kakué de "Faire pays" qui affirme que "Tant que l'aspiration des kanak à la souveraineté ne sera pas assouvie on aura de la peine à vivre ensemble". On l'entend dans les propos de Walles Kotra qui nous dit que "Tant que le peuple kanak réclamera son indépendance, il n'y aura pas de stabilité ".

Ils affirment être ni indépendantistes, ni non indépendantistes mais ils se sont résignés à l'indépendance et ils veulent faire croire aux calédoniens qu'elle est inévitable, que c'est forcément l'issue du processus en cours et que c'est la seule garantie de l'apaisement. Ils sont – pour reprendre l'expression de Lénine – les "idiots utiles" des indépendantistes et Louis Mapou ne s'y est pas trompé quand il affirme "Tous ceux qui se revendiquent du centre nous ont rejoints".

L'histoire calédonienne récente a démontré que la 3ème voie – de la FNSC à l'Eveil océanien, en passant par Calédonie ensemble – a toujours fait le jeu des indépendantistes. 
Mais le fait marquant de cette campagne c'est aussi que ces listes centristes sont dans le déni. Elles font l'impasse sur le résultat des trois référendums. Et c'est pourtant ce refus de l'indépendance, exprimé trois fois par les calédoniens, qui a créé la situation que les partenaires de l'Accord de Nouméa doivent aujourd'hui examiner, au lieu de s'égarer dans les méandres d'une improbable voie centrale ou dans l'hypothétique recherche d'une pleine souveraineté.
Ne leur en déplaise, ce n'est pas à un "ni-ni" – ni indépendance, ni maintien dans la France – que doivent répondre les candidats aux provinciales mais ils doivent s'inscrire dans le choix existentiel que les calédoniens ont tranché à trois reprises.

Les "modérés" opposés aux clivages ont totalement échoué à s'unir tandis que les indépendantistes sont eux aussi profondément divisés. Et comme un pied de nez, seuls les Loyalistes et le Rassemblement ont réussi l'union et ils soutiennent même des listes d'union dans les trois provinces avec la liste "agissons ensemble" dans le Nord et "Un nouveau souffle" dans les Iles. 

En fait, il aurait fallu expliquer - avant - à tous les candidats que c'est un scrutin à la proportionnelle à un seul tour, dans lequel chaque voix pèse, alors que le seuil à atteindre pour obtenir des sièges est de 5 % des inscrits... et qu'il est particulièrement difficile à franchir.

La fréquence aux couleurs de la France
En direct