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LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ÉCOULÉE

La chronique de la semaine écoulée

Elizabeth Nouar
11 octobre 2026 à 22:49
Il est temps de rendre à la coutume ce qui est à la coutume et aux élus ce qui est aux élus.

C'est la surprise du chef ! C'est le cas de le dire... 
Voilà Roch Wamytan intronisé Grand chef de l'ARK, l'Alliance des Royaumes Kanak. 
Vous ne savez pas ce que c'est ? Nous non plus, et même ceux qui ont lancé cette initiative ne savent sans doute pas exactement ce qu'elle recouvre.
Mais l'ancien président de l'UC et du FLNKS, ancien élu et ancien président du congrès, ancien membre du gouvernement, signataire de l'Accord de Nouméa, qui a été titulaire d'un mandat, quasiment sans discontinuer depuis 1999, a enfin retrouvé un fauteuil, trois mois après que les provinciales de juin dernier l'en ait privé. 
Roch Wamytan avait fait les frais du dégagisme et du jeunisme, qui ont touché les instances indépendantistes mais, par la grâce d'Inaat Ne Kanaky, il a retrouvé les chemins du pouvoir et il a même été déclaré roi. Ça ne se refuse pas !

Le problème, c'est que le terme de roi n'existe pas en Nouvelle-Calédonie où l'on a toujours parlé de chefferies et non de royaume, à l'inverse du territoire voisin de Wallis et Futuna.

On ne connait guère que la reine Hortense qui a régné sur l'ile des pins mais elle portait ce titre après que le gouverneur français de l'époque – au tout début de la colonisation – ait décidé de nommer officiellement Samuel Vendegou, Roi de l'Île des Pins, par arrêté colonial. En tant qu'épouse du roi, reconnu par l'administration française, Hortense a légitimement porté le titre de reine. Mais il s'agit en fait d'une traduction et d'une interprétation occidentale du système coutumier kanak par les colons et les missionnaires français. 
Il est amusant que, par un retour de l'histoire, ce soit les coutumiers les plus intégristes qui reprennent ce terme d'origine foncièrement européenne. 

C'est Hyppolite Sinéwami qui avait lancé cette appellation de royaume et elle plait à ses pairs, manifestement, d'autant plus qu'elle s'accompagne d'attributs remarquables. A défaut de couronne, les rois kanak portent d'improbables couvre-chefs aux allures de toques que l'on découvre sous nos contrées. 

A priori, l'Alliance des Royaumes Kanak est une nouvelle instance coutumière qui vient se substituer ou se superposer aux institutions existantes qui peinent déjà à s'imposer dans la société calédonienne du 21ème siècle.
Concurrente du sénat coutumier, elle veut restructurer les chefferies, même si elle avoue en ignorer le nombre. Elle veut affirmer la souveraineté des chefferies ou des royaumes kanak et revendiquer leur primauté sur les autres institutions. Et, en guise de programme, elle veut mettre en place une carte d’identité kanak, réservée aux personnes de statut civil coutumier, être consultée sur toutes les décisions liées au nickel et participer aux discussions sur l'avenir institutionnel. Autant de preuves, si besoin était, que l'Alliance des Royaumes kanak veut jouer un rôle politique. 

Et c'est là que ça va se compliquer parce que, dans la Calédonie moderne, les kanak ont fait le choix, de la démocratie élective et que les deux systèmes sont notoirement incompatibles. 
Certes, l'on a vu ces derniers temps de nombreuses tentatives des coutumiers pour se substituer aux politiques, notamment dans la province des iles, au moment du COVID ou dans le conflit Aircal. Et l'on a vu les élus indépendantistes s'incliner devant la coutume, même si souvent chacun cherche à instrumentaliser l'autre. Mais Louis Mapou, par exemple, y voit l'une des causes du "délitement du mouvement indépendantiste avec l'irruption dans le monde politique des problèmes inhérents à la société kanak, qui sont – dit-il – des problèmes de tribalisme ou de régionalisme, avec des clans qui se tapent dessus."

Il est temps sans doute, de rendre à la coutume ce qui est à la coutume et aux élus ce qui est aux élus.  

Et au-delà du folklore, quelqu'un peut-il dire – avec respect et humilité, bien sûr – aux rois autoproclamés, que la toque qu'ils arborent pour spectaculaire qu'elle soit, n'ajoute pas à leur dignité. 

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