
LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ÉCOULÉE
La chronique de la semaine écoulée
Philippe Dunoyer veut nous faire croire qu'il a fait un parti tout seul.
Et l'on se perd en conjectures.
Ce n'est pas faire injure à l'élu de la Province Sud et du congrès – fidèle lieutenant de Philippe Gomès depuis quelque 22 ans – de s'interroger sur ses motivations et sur les vraies raisons de sa décision mais on ne voit que trois hypothèses pour expliquer son choix de lancer un nouveau mouvement politique et donc, de quitter Calédonie ensemble.
La première, c'est une certaine naïveté. Il lui aura fallu 22 ans pour réaliser que Philippe Gomès et Calédonie ensemble n'étaient pas la solution alors que, depuis deux décennies, il avait eu de multiples occasions de s'en apercevoir et de larguer les amarres.
La deuxième hypothèse, c'est celle d'un certain cynisme. Calédonie ensemble se réduit comme peau de chagrin, depuis la défaite de 2019, elle accumule les revers et l'inéligibilité de ses figures de proue, Philippe Gomès et Philippe Michel, sonne le glas de ses espérances électorales. Philippe Dunoyer a peut-être, tout simplement, choisi de quitter un navire qui prend eau de toute part, histoire de ne pas couler avec les autres et de ne pas être la victime de l'accumulation d'erreurs de Calédonie ensemble qu'il a pourtant continué à cautionner jusqu'à ces dernières semaines.
La troisième hypothèse, c'est celle d'un coup monté. Ce n'est pas la plus glorieuse mais quand on connait Philippe Gomès on ne peut exclure un dernier coup de poker. Son parti est mort. Il ne peut plus se présenter aux élections mais il peut tenter un dernier coup avec une fausse rupture entre lui-même et son fidèle second qui est le seul à conserver un peu de crédibilité politique. Avec la complicité de son mentor, Philippe Dunoyer sauverait les meubles en créant un improbable nouveau mouvement politique sans nom, et sans adhérents, qui déplore l'opposition binaire entre la France et l'indépendance et refuse de choisir son camp.
Naïveté, cynisme ou duplicité ? L'évolution de ce mouvement politique non identifié – qui navigue, pour l'instant, sur les eaux de la 3ème voie – devrait nous apporter bientôt la réponse. Pour reprendre une terminologie en vogue en 2004, à la création de l'Avenir ensemble, on verra quels sont les prochains étages de la fusée, quelles sont les personnalités, en déshérence ou en rupture avec leurs partis, qui auront fait le choix de rejoindre cette aventure qui vient morceler un peu plus un paysage politique calédonien en quête pourtant d'unité. Le suspense devrait être de courte durée puisque le nouveau mouvement veut être présent aux provinciales.
Naïveté, cynisme ou duplicité ? On peut aussi se poser la question pour les 56 exclus du droit de vote qui trouvent tout à fait normal de ne pas pouvoir voter aux élections provinciales. Et ils viennent nous donner la leçon en souhaitant apporter une voix nuancée, loin des postures binaires. "Le gel du corps électoral n’est pas une anomalie démocratique sortie de nulle part" écrivent-ils en prétendant – en toute modestie – "choisir la paix et comprendre l’Histoire". Au nom du droit fondamental à un avenir serein, digne, fraternel, ils remettent en cause le principe non moins fondamental du droit de vote.
Naïveté de ces victimes consentantes du gel du corps électoral ?
Cynisme quand – sous couvert de discours modéré – elles servent de caution aux indépendantistes les plus durs auxquels elles font allégeance ?
Ou duplicité quand leur tribune publiée par Le Monde – comme par hasard ! – est surtout destinée à influencer le vote des parlementaires ?
En paraphrasant Marc Aurèle, on va vous mettre en garde. D'ici les élections provinciales dites-vous par avance, dès l'aurore : je vais rencontrer un naïf, un cynique et un duplice. Ça vous aidera à y voir plus clair dans une campagne qui sera brève mais animée.


