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LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ÉCOULÉE

La chronique de la semaine écoulée

Elizabeth Nouar
7 juin 2026 à 23:12
Si personne n'est coupable, qui a mis à terre toute l'économie calédonienne ? Qui a fait régner la terreur ? Qui étaient les instigateurs ? Qui étaient les commanditaires ? Qui étaient les organisateurs ?

Vive la justice coloniale ! 
C'est le nouveau slogan du FLNKS après le non-lieu général ordonné par les juges d'instruction parisiens en faveur de Christian Tein et des militants de la CCAT.
"C’est une belle démonstration de ce qu’est l’Etat de droit" s'est même félicité l'un de leurs avocats. 
Il faudra penser à leur rappeler de temps à autre...

Alors, il faut attendre la suite des événements puisque le parquet a immédiatement fait appel de cette décision en estimant qu'il reste des actes d’investigation à mener. 
Mais, même s'il scandalise beaucoup en Nouvelle-Calédonie – et c'est légitime – ce non-lieu général ne surprend pas vraiment. 
Il était même prévisible depuis qu'il avait été décidé de dépayser le dossier à Paris ce qui était un véritable camouflet pour le parquet de Nouméa qui avait fort bien géré l'instruction de cette affaire ultra-sensible en en prenant toute la mesure, ce que n'ont pas su faire des juges parisiens forcément déconnectés du dossier.

Ce qu'il faut comprendre de leur décision, c'est qu'elle exonère de toute responsabilité pénale les 14 dirigeants et militants de la CCAT mis en cause dans les violences destructrices de mai 2024. A ce stade, toutes les charges à leur encontre sont abandonnées. 

"Circulez ! Y'a rien à voir" répondent les magistrats métropolitains aux milliers de calédoniens traumatisés par la folie destructrice qui a frappé le territoire. C'est une sorte d'affront à ceux qui ont perdu la vie, à ceux qui ont vu détruire en une nuit le travail d'une vie, à ceux qui ont perdu leur emploi et qui vivent depuis dans l'angoisse et la précarité du quotidien.
C'est à la fois un dédain et un mépris pour tous ceux qui, depuis deux ans, souffrent des conséquences de cette violence insurrectionnelle inédite qui a effacé 30 ans de paix et de recherche d'un vivre ensemble. 
Les magistrats parisiens n'en ont que faire.

Au vu des éléments qu'ils ont examinés, il n’y a pas eu d’intention homicide contre les forces de l’ordre, il n'y a pas eu de bande organisée, les violences commises ne relèvent ni d’une préparation ni d’une association de malfaiteurs et les appels des indépendantistes à déstabiliser l’économie n’ont pas été accompagnés d'incitation aux vols ou aux destructions.
Et toujours selon les juges parisiens, il n'y a pas eu, non plus, d'insurrection, au sens pénal du terme, c’est-à-dire que ces violences ne menaçaient pas la République. 

Fermez le ban. Personne n'est coupable. 
Et c'est bien le problème que soulève cette décision péremptoire. 

Un non-lieu général interdit l'effet cathartique d'un procès qui aurait permis de soigner, un peu, le traumatisme de toute une population et de soulager, en partie, les effets du drame collectif vécu par la Calédonie. 

Et puis cela soulève d'autres interrogations. Parce que si personne n'est coupable, si aucun fait n’a pu être imputé directement à Christian Tein et aux membres de la CCAT, alors qui est responsable ? Qui a mis à terre toute l'économie calédonienne ? Qui a fait régner la terreur ? Qui étaient les instigateurs ? Qui étaient les commanditaires ? Qui étaient les organisateurs ? Ce sont des questions auxquelles ne répond pas le non-lieu général alors que les calédoniens ont besoin de savoir. 

Avec une ultime question qui se pose aussi avec acuité, ces jours-ci, en métropole. Qui va juger les juges ? 
Et comme cette décision tombe en pleine campagne provinciale, on peut penser que la réponse sera dans le verdict des urnes.

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