La fréquence aux couleurs de la France
Logo chronique

LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ÉCOULÉE

La chronique de la semaine écoulée

Elizabeth Nouar
22 février 2026 à 22:46
L'un des acquis de Bougival, c'est d'avoir fait voler en éclat l'unité des indépendantistes

Encore une fois, la Nouvelle-Calédonie se retrouve dans une situation inextricable, dont on se demande comment elle pourra en sortir.
A la veille de l'examen par le Sénat du projet de loi constitutionnelle, qui doit inscrire l'accord de Bougival et son accord complémentaire dans la Constitution, c'est l'incertitude la plus complète. Et chacun peut jouer les prophètes de malheur ou les oiseaux de mauvais augure. Personne, à l'heure actuelle, n'est capable de dire si le texte pourra aller au bout du processus parlementaire.

Les anti Bougival ont déjà enterré l'accord du 12 juillet et ils affirment, avec gourmandise, que la réforme constitutionnelle est dans l'impasse, qu'il n'y aura pas de majorité à l'Assemblée nationale et que la majorité des 3/5ème sera inatteignable au Congrès du Parlement à Versailles. 
A l'inverse, les pro Bougival ne veulent pas renoncer. Ils assurent que c'est jouable et qu'ils vont aller convaincre les parlementaires un par un. 

Mais il est clair que ce n'est pas gagné et que le pavé dans la mare – sous forme de Tribune publiée par le journal Le Monde – jeté par les socialistes, n'a pas éclairci le débat. Mais même les plus fins exégètes de la pensée socialiste sont perplexes parce que si la première lecture laisse entendre que les parlementaires socialistes ne voteront pas le texte, les choses sont moins simples qu'il n'y parait. Le leader du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, signataire de la Tribune, déclare ainsi, le lendemain, à la ministre des outremer, "qu'un rejet du projet de loi constitutionnelle par le Parlement anéantirait le travail patient de concession réciproque et d'esprit de consensus porté par ceux qui ont permis la signature de Bougival." Et il ajoute que cet accord "reste le socle de référence pour les discussions à venir". Les socialistes ne rejettent donc pas Bougival même s'ils le trouvent, en l'état, "lourd de menaces et de danger". Sans doute vont-ils tenter d'amender le texte et peut-être vont-ils s'abstenir plutôt que de voter contre.

Les socialistes ne semblent d'ailleurs pas dupes de l'attitude du nouveau FLNKS. Ils réclament "un accord consensuel et inclusif" et ils estiment qu'il n'est pas possible de laisser le FLNKS en dehors de cet accord mais ils reconnaissent que l'UC mène la politique de la chaise vide. Et cela les embarrasse. Surtout qu'ils ont aussi des proximités avec l'UNI qui leur tient un tout autre discours que celui de Christian Tein, Emmanuel Tjibaou, Robert Xowie et Michaël Forrest, la délégation FLNKS qui fait la tournée des grands ducs à Paris où partout, curieusement, on lui déroule le tapis rouge.

Pour concilier leur soutien à Bougival et le refus, en l'état, du texte constitutionnel, les socialistes réclament un nouveau calendrier avec des élections dès le mois de juin pour rouvrir, ensuite, les discussions. Comme si c'était la panacée ! Comme si cela pouvait convaincre le nouveau FLNKS de participer à des négociations dont Bougival resterait le socle de référence. Sans compter que des élections provinciales, avant une réforme constitutionnelle, se dérouleraient avec un corps électoral gelé, une situation inacceptable pour les partisans de la France.

Nous nous retrouvons donc, une fois de plus, dans un imbroglio indescriptible que personne, à la vérité, n'est capable de démêler. 

Dans ce contexte, les prochaines municipales s'annoncent très politiques. Le président de l'Union calédonienne n'en fait pas mystère qui indique que l'enjeu sera "de souscrire au projet de société qui sera porté par les candidats FLNKS". Le face à face des listes UC et UNI dans la plupart des communes sera, à ce titre, très instructif. D'autant plus que c'est pratiquement inédit dans les communes de l'agglomération et que les indépendantistes, malgré leurs éternelles divisions, savent en général faire l'unité pour les élections. 
C'est au moins l'un des acquis de Bougival d'avoir fait voler cette unité en éclat.

La fréquence aux couleurs de la France
En direct